Run : Swiss Peaks Trail, quand ça ne veut pas…

Faire l’autopsie d’un échec n’est jamais très agréable, et de vous à moi, je n’avais pas forcément envie de le faire mais voilà, j’ai eu la chance de rencontrer tellement de bienveillance à l’issue de cette balade écourtée, que je ne pouvais pas ne pas honorer les personnes que j’ai eu la chance de croiser en écrivant quelques mots pour les mettre à l’honneur et les remercier.

Dans l’absolu, je ne sais pas si j’ai très envie de m’étaler sur les raisons de mon arrêt sur le 100k du Swiss Peaks Trail parce que bon, mes soucis de santé n’intéressent finalement que moi-même. Pour faire court, j’ai de nouveau eu des soucis de tachycardie auxquels se sont rajoutés des pertes d’équilibre (tension bien merdique constatée à mon retour à la maison). J’ai vite compris que ça ne passerait pas et qu’il était absolument hors de question pour moi de me lancer de nuit dans la montagne seule, surtout après le drame qu’on a vécu à la TDS. Sans penser forcément au pire, je ne me voyais pas non plus devoir appeler l’orga pour leur dire « dites, je vais mal, je suis tombée et j’ai un truc cassé, venez me chercher » en pleine nuit alors que j’avais eu la possibilité de m’arrêter en toute sécurité quelques kilomètres avant.

Je voudrais vous dire que je le prends bien, que c’est la vie, qu’on apprend de ses échecs, toussa toussa… Mais c’est totalement faux. Non, je ne le prends pas bien du tout, non je ne prends pas le départ d’un 100 bornes pour m’arrêter à 18km avec plaisir. Je n’étais clairement pas venue pour ça ! Surtout que les voyants semblaient être revenus au vert et que je me faisais une joie de profiter de ce parcours qui s’annonçait comme grandiose (et qu’il l’est !). Mais c’est dingue quand parfois la vie vous envoie des signes annonciateurs… Le matin de la course nous devions prendre deux trains pour rejoindre le charmant village de Finhaut. Alors que je me dirigeais avec mon « voisin de parking » (j’ai squatté dans ma voiture pour limiter les frais et comble d’ironie, j’ai en plus plutôt bien dormi !) vers la gare à 5 minutes à pied, une traileuse nous rattrape et nous demande si on parle anglais. Moi évidemment je réponds « off course, I’m totally fluent, where is Brian ? ». Elle nous explique que le train que nous devons prendre est annoncé annulé sur l’application de la SNCF suisse. Mais non… Pas possible, ça doit être une erreur, d’ailleurs le quai rempli de coureurs me rassure. Jusqu’à ce qu’une bénévole arrive sur son vélo pour nous annoncer que notre train a bien eu un souci technique et que nous devons prendre le suivant, le départ de la course étant bien entendu décalé.

Vous la connaissez cette petite voix qui vous dit dans un coin de votre tête « c’est un signe » ? Ben là elle a commencé à trotter insidieusement pour ne plus s’arrêter. Alors que nous sommes enfin dans le train je checke mes deux sacs, parce que pour la première fois de ma vie, j’ai décidé d’utiliser le sac intermédiaire alors que jamais je ne le fais. Pour 100km d’habitude je ne me change pas complètement, j’ai ma tenue de nuit dans mon sac à dos puisque de toute façon elle fait partie du matos obligatoire et ça me permet de passer la nuit avec un sac plus léger. Mais là, accrochez-vous parce que c’est carrément comique quand on pense à la suite, j’ai mis dedans toutes mes affaires pour après la course, pour ne pas avoir à retourner péniblement à ma voiture pour revenir sur mes pas me doucher. Retenez ce détail qui ne va plus en être un quelques heures plus tard. Je réalise aussi que j’ai bien pris ma batterie de secours mais pas mes câbles restés dans la voiture, mais ça finalement, ça sera moins grave que prévu, vu la durée de ma balade. 18km ça c’est bon ma Coros assure le job dieu merci ! Mais mon portable c’est un peu moins sur… Il va falloir jouer l’économie ce qui est couillon parce que moi j’ai besoin de ma playlist pour me motiver.

Le départ est enfin donné avec finalement une heure et vingt minutes de retard mais comme de toute façon les barrières horaire sont évidemment elles aussi décalées, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Je sais qu’on attaque par un mur, donc je ne panique pas, je m’installe gentiment à ma place, à l’arrière du peloton, je dégaine mes bâtons et c’est parti kiki. Mais très vite quelque chose déconne… Déjà j’ai soif, mais soif vous n’avez même pas idée. Pour une nana qui s’est spécialisée dans les courses dans le désert et qu’on a gentiment surnommé le chameau pour sa capacité à se contenter de peu d’eau, je me pose des questions. Heureusement qu’il y a des torrents, je recharge sans cesse mes deux flasques. Ok, il fait beau mais pas chaud non plus à en parler. Et très vite mon cœur recommence son bordel de grimper dans les tours m’obligeant à m’arrêter sur des cailloux pour tenter de le calmer. Histoire de compliquer la donne, très vite, lorsque je me relève, j’ai des pertes d’équilibre, légères mais réelles quand même. Et je finis par en avoir même sans m’asseoir. Même si je sais que ce n’est pas raisonnable question barrière horaire, je prends le temps de m’arrêter, de manger et de boire suffisamment mais rien n’y fait. Comme je vous dis tout, j’ai bien entendu mes règles à gérer sinon ça ne serait pas drôle mais si parfois j’ai eu à faire face à des hémorragies qui pouvaient expliquer une chute de tension, pour une fois, c’est normal de ce côté-là.

Les heures passent mais pas les kilomètres et il va falloir se résoudre à prendre la seule décision qui s’impose : au ravito, je mets le cligno. Je n’envisage absolument pas de me retrouver seule la nuit dans la montagne dans l’état dans lequel je suis. Surtout que le parcours s’est révélé un sacré chantier… Peut-être que si je l’avais repéré en amont, j’aurais pu continuer un peu, tenter le tout pour le tout en ayant une idée de là où j’allais mettre les pieds mais ce n’était pas le cas. Forcément ce qui s’est passé à la TDS a laissé des traces, j’en ai parfaitement conscience, la raison doit l’emporter. Alors que je rejoins un gentil monsieur avec lequel je faisais plus ou moins le yoyo, il me dit en vue du ravitaillement « il ne va pas rester grand chose pour nous qui arrivons les derniers ». Deux gentils bénévoles sont d’ailleurs là pour nous accueillir à l’extérieur et je ne vois rien pour me requinquer… Mais là j’entends « rentrez à l’intérieur vous allez pouvoir manger ». Ah ça pour manger, on pouvait manger ! C’est un vrai festin qui nous attend, avec une gentille bénévole aux petits soins. J’informe que je m’arrête ici et on me dit qu’il va falloir descendre dans le village un peu plus bas où un bus viendra nous chercher. Ok, pas de souci, je ne suis pas blessée de toute façon, je peux marcher.

Je retrouve Fanny qui elle était engagée sur le 170 et qui s’arrête aussi ici, la fenêtre de l’Arpette ayant eu raison de son énergie incroyable qui lui a fait gagné l’Infinity Trail Backyard avec 194,5 km au compteur s’il vous plait, preuve s’il en était besoin de rappeler à tous que le Swiss Peak Trail n’est pas une balade de santé. On papote, je mange un peu et c’est parti pour la descente. On nous a prévenu que le bus ne nous ramènera qu’à Martigny mais pas de panique, on peut prendre le train avec juste son dossard, c’est gratuit et il y a des trains toutes les heures. Bon ça sent une nuit de plus sur la banquette arrière de ma golf mais il y a des choses plus graves dans la vie. Le mini bus est déjà là ! Punaise, ça c’est de l’efficacité ! Je demande si la route est sinueuse et la gentille dame qui accompagne notre chauffeur me confirme que ça tourne pas mal. Je m’installe donc à l’avant avec elle, pas envie de rajouter un épisode « vomi » à cette débandade. Bien installée, je demande à notre super bénévole s’il sait comment se passe la récupération de nos sacs intermédiaires et là il me dit « on a 24h pour vous les rendre, mais je pense qu’ils seront surement ramenés quand le dernier sera passé, demain matin ça devrait le faire ». Et là je réalise soudain : que je n’ai pas de fringues propres en dehors de ma tenue de nuit dans mon sac à dos (ça encore ça peut le faire), que je n’ai pas de serviette ni aucune affaire de toilette pour me doucher à l’arrivée mais plus grave, je réalise que très connement j’ai jeté en vitesse ma pochette spéciale ragnagas dans ce foutu sac et que je ne n’ai plus rien pour me changer.

Ben tiens, ça manquait de choc toxique ma balade suisse… Evidemment il est trop tard pour trouver un magasin ouvert, peu de chance que la pharmacie du Bouveret soit de garde cette nuit-là. Génial… Mais qu’est-ce qui m’a pris ce matin là franchement ??? J’étais tellement sûre de moi qu’à aucun moment j’ai envisagé que je pourrais abandonner. Discrètement j’en parle à ma voisine qui se trouve être l’épouse de notre chauffeur et tout de suite elle me dit « pas de souci, tu viens à la maison, tu te doucheras chez nous et je te dépanne évidemment si ton sac met trop de temps à rentrer ». Autre bonne nouvelle, notre gentil chauffeur nous a annoncé qu’il nous ramène au Bouveret directement et nous évite ainsi la case train, ce qui est vraiment super sympa. Arrivée à destination je me rends sous la tente où se gère la récupération des sacs pour prendre quelques infos. J’explique à demi-mot que ma seconde paire de chaussures je m’en fous un peu mais les tampons qu’il y a dedans beaucoup moins. Et là encore les filles sont toutes au taquet « attends on va voir ce qu’on peut faire », l’une file chez les infirmiers pour me dépanner, c’est bien simple je crois que tout Bouveret sait maintenant que j’avais mes règles vendredi dernier 😂. Et là miracle, on me demande mon numéro de dossard et on m’annonce « on organise un retour des sacs anticipé, t’inquiète on prend le tien, reviens à 22h ». Alléluia !!!

Je file chez Rachel, mon bon samaritain comme on dit en Suisse pour prendre une douche et me changer. Elle m’offre un thé et cette séance de papotage avec ses enfants qui ne semblent pas du tout perturber d’avoir une inconnue en collant skins que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, dans leur salon. Elle va même m’offrir une paire de chaussettes pour m’éviter d’être pieds nus dans mes chaussures parce que bien entendu ma deuxième paire était vous vous en doutiez dans ce foutu sac ! Je file au village d’arrivée et là on m’annonce « le camion est bien en route mais il faut nous laisser le temps de faire le tri, reviens vers 22h30 ». Ok pas de souci ! Je ne suis pas à la seconde non plus… Mais c’est qu’il commencerait à faire faim non ? Direction les food-trucks que j’aperçois au loin. Oh une pizzeria ! Je demande s’ils servent toujours mais la dame me dit qu’hélas le service est terminé et que le four à bois est en train de s’éteindre. Elle a du lire le désespoir dans mon regard parce qu’elle enchaîne en me disant « bon il me reste assez de feu pour en faire juste une je pense, allez asseyez-vous, je m’occupe de vous ». Une pizza plus tard, je suis au cul du camion où m’attend mon gentil chauffeur avec mon précieux !!! Voilà, c’est fini, maintenant il faut rentrer à la maison.

Je décide finalement de tracer la route jusqu’à l’autoroute pour m’arrêter dormir à la première station. Ce n’est pas forcément super raisonnable mais finalement tout se passe bien et je trouve le moyen de dormir profondément 4h avant de reprendre la route gentiment mais surement. Maintenant, je n’ai plus le choix, il est temps de prendre vraiment le temps de chercher ce qui ne va pas. Plus d’ultra jusqu’à nouvel ordre en tout cas. J’ai plusieurs pistes évidemment, c’est peut-être tout simplement hormonal parce que j’ai l’âge pour ça, c’est peut-être plus compliqué que ça, les prochains examens que je vais passer nous le diront j’espère, mais je ne peux pas continuer à enchaîner les échecs et les succès, moralement c’est vraiment usant. Sans parler du fait que j’ai aussi totalement conscience que le côté psy va forcément jouer avec la crainte de ne pas y arriver qui va me bouffer. Si j’ai écrit ce texte, comme je l’évoque dans mon introduction, c’est avant tout pour remercier très officiellement toutes les personnes absolument adorables qui, par leur gentillesse et leur bienveillance m’ont tendu la main pour me réconforter et même me chouchouter. Vous avez vraiment éclairé, par vos sourires et vos gentilles attentions, ma sombre journée ! Encore merci à tous les bénévoles qui se démènent pour qu’on puisse vivre notre passion, dans la réussite ou dans l’échec, sans vous, nous ne sommes que des traileurs avec un bout de papier accroché, j’espère que vous le savez, c’est vous qui donnez toute l’humanité à nos défis 😉.

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