Swiss Peaks Trail 2021 : épisode 7 – Carnet de bord 3

Comme c’est devenu une habitude depuis le début d’année un nouvel épisode de mon carnet de bord prépa Swiss Peak Trail où je vous parle de blessure, de rencontres et de drames qu’on n’imaginait ne jamais voir…

Désolée si cet article va partir un peu dans tous les sens mais finalement c’est assez à l’image de ma vie en ce moment ! Petit flashback : je me blesse en testant une paire de chaussures avec plaque de carbone… C’est entièrement ma faute, j’ai voulu aller trop vite (le but de ces chaussures après tout !) en ne respectant pas une phase d’adaptation, je l’ai payé cash. Une semaine d’arrêt pas concluante, une semaine d’anti-inflammatoires (je déteste avoir à prendre ces trucs-là !), une semaine de stabilisation et paf, me voilà au Lioran pour ce qui devait être mon premier bloc de prépa. Avec trois amis, nous avons prévu de faire en off le parcours de la TGTV soit officiellement 224km du Cantal à Volvic. Nickel pour une reprise !

T’es contente d’avoir la trace GPS sur ta super Vertix dans ces moments là !

Dieu merci la météo se charge de calmer les ardeurs en annonçant de la neige, ce qui nous oblige à quelques changements et surtout quelques raccourcissements. Ça tombe bien, je pense sincèrement que mon pied blessé n’aurait pas tenu le choc. Je profite de l’occasion pour tester une paire de trail, chaudement recommandées par Claire Bannwarth (Ultraventure Pro de Topo Athletic, je vous en dis plus très vite !) Je comprends aussi très vite qu’il va me falloir trouver de vrais gants imperméables et coupe-vent parce que là, ceux que j’avais prévu ne tiennent absolument pas la route. Ces quatre jours furent assez dingues parce que nous avons eu les quatre saisons question météo. Enfin sauf l’été… Il n’a jamais fait assez chaud pour que je fasse péter le short qui s’est contenté d’une balade dans mon sac de voyage. Je n’ai pas quitté ma veste Columbia spéciale « tempête sur le Vendée Globe Challenge » et mon pantalon de pluie Evadict avec le bon legging hiver dessous. Nous avons quand même fait demi-tour à Super Besse le troisième jour, pour cause de corniche de neige ultra dangereuse ! Mais bordel on est fin mai !!! J’en ai clairement bavé un peu parce que pour une reprise c’était un peu violent et parce que je n’ai pas le niveau de mes collègues. J’ai d’ailleurs zappé un petit bout du deuxième jour quand j’ai vu mon pied et mon dos se réveiller dangereusement. La dernière étape fut elle-aussi adaptée pour nous faire rentrer directement au domicile de notre hôte organisatrice à Chamalières. Mais sincèrement aucun regret, cette arrivée à la porte de sa maison, ça donne un côté « aventure juste à côté de chez toi » franchement jouissif je trouve.


Cette petite balade m’a permis de rencontrer en vrai Géraldine que je connaissais via les réseaux sociaux. Et d’en savoir un peu plus sur son incroyable parcours ! Ce qui est dingue c’est que nous avons évoqué à cette occasion sa participation à plusieurs courses qui ont ou qui auraient pu mal finir… Mercantour, Transpyrenea… Elle était présente sur les deux. Nous avons donc évoqué notre vision de la sécurité sur les courses, que ce soit du côté des participants mais aussi des organisateurs. Alors qu’elle a fait des trucs fous sur des courses très engagées, l’entendre me dire « le marathon du Mont Blanc l’année où il pleuvait et où le brouillard ne te permettait pas de voir à 2 mètres ? Je n’ai pas pris le départ… Moi, ce genre d’expérience ça ne m’intéresse pas ». C’est elle aussi qui nous a fait faire demi-tour alors que sincèrement ma connaissance quand même assez limitée de la montagne en autonomie m’aurait surement fait prendre un peu plus de risques. Parce que finalement je ne la fréquente vraiment qu’en course ou avec un guide sur lequel je me repose totalement… Et que prendre des décisions par moi-même m’arrive très rarement. Alors forcément quand les nouvelles de ce week-end sont tombées… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à nos discussions.

Vertix ou pas rien ne remplace les bonnes vieilles cartes IGN quand il s’agit d’improviser un plan B !

21… Ils sont 21 à avoir perdu la vie sur un trail. La plupart était expérimenté, on parle d’un 100km et c’est le premier tiers de la course qui a eu le plus grand nombre de pertes, les plus rapides donc. Le drame s’est déroulé à partir du 20ème kilomètre donc on ne peut pas invoquer la fatigue physique (ou mentale) qui aurait pu engendrer la prise de mauvaises décisions. Qui est responsable ? L’enquête est en cours et les premiers résultats démontrent que la météo était annoncée mauvaise. En France il y a fort à parier qu’un préfet un peu frileux depuis le drame du Mercantour aurait demandé l’annulation pure et simple de la course. Mais il y a fort à parier aussi qu’on aurait vu fleurir sur les réseaux sociaux des messages en mode « c’est qui ce mec dans son bureau qui me prive de mon dossard alors qu’il n’y connait rien au trail ? ». Il y a fort à parier que plusieurs coureurs se seraient lancés en off comme on le voit souvent… De ce que je sais pour le moment vis-à-vis du matériel obligatoire, c’est que justement il n’y avait pas de liste comme celle que nous connaissons sur des courses comme l’UTMB. Qui tous les ans se prend une volée de critiques en mode « nan mais sérieux, ils nous gonflent avec leur veste et leur pantalon… Encore un truc pour nous faire consommer #pensentquafairedufric ». Combien de fois ai-je pu échanger sur le sujet avec des coureurs de mon niveau qui se considèrent plus forts que la montagne… Combien de fois surtout ai-je pu échanger avec des coureurs élites qui se considèrent plus forts que tout et qui ne voient pas pourquoi ils porteraient la même chose que nous, vulgaires clampins tout juste bons à faire un selfie à leurs côtés au départ. Il y avait bien une liste qui ressemble à celle que l’on trouve chez nous la plupart du temps : couverture de survie, un litre d’eau, téléphone portable, sifflet… Mais tout le reste n’était que conseillé et donc pas contrôlé, comme c’est le cas en France la plupart du temps, il est bon de le rappeler avant de taper sur un peuple qui aime le trail comme nous l’aimons.

Des morts sur des courses j’en ai vécu… Sur le Tor des Géants où j’ai eu la peur de mon existence, passant de longues minutes dans une météo déchaînée sur une montagne qui clairement ne voulait pas de nous à ce moment-là. Quand tu passes la nuit à te répéter et à répéter à ton camarade d’infortune qu’on va mourir là et que tu apprends qu’un homme est bien décédé juste derrière toi, tu prends la décision irrévocable que jamais plus tu ne prendras le départ d’une course dans ces conditions, même après des mois de préparation. Quand tu apprends qu’un coureur est décédé sur une course où pourtant de nombreux participants de l’année précédente avaient bien alerté sur sa difficulté et la nécessité d’être équipé correctement parce qu’il était en short et que l’hypothermie l’a tué, tu te dis que dieu merci, de grandes courses ont imposé une longue liste de matos obligatoire. Ok, c’est pénible, ok on préfèrerait que spontanément le coureur soit lui-même responsable mais ce n’est pas la réalité du terrain et cet exemple, tout comme les histoires totalement folles que m’ont racontée mes copines en charge des staff santé m’ont convaincue que le traileur semble resté un grand enfant qu’il faut protéger contre son gré.

On pourra refaire l’histoire dans tous les sens mais ces 21 personnes qui ne verront jamais grandir leurs enfants et je pense particulièrement à Liang Jing en écrivant ces mots auront au moins le mérite de nous obliger toutes et tous à savoir ce que l’on veut vraiment. Non, le kiff absolu ce n’est pas de mourir de sa passion à 30 ans… Le kiff absolu c’est de mourir à 109 ans dans son lit comme Robert, notre super cycliste qui aura jusqu’au bout vécu ses rêves. Alors, on arrête de chipoter sur le matos obligatoire qui doit l’être même si justement il ne l’est pas, on arrête de râler quand une course est annulée pour des causes météo et on profite de la joie d’être toujours en vie !

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