Fun : Comment je me suis envoyée en l’air avec le PGHM

Je n’avais pas prévu d’en écrire un article… M’offrir un petit Mont Blanc en « one push » comme on dit était un cadeau perso et j’avais en tête au grand max un petit selfie au sommet pour insta et roule ma poule… Mais rien ne s’est passé comme prévu, et c’est donc un échec que je vais vous raconter maintenant parce qu’il n’y a pas de honte à se planter et qu’un petit débriefing des événements s’est imposé.


Pour faire très court, dès mon premier projet Mont Blanc, j’avais en tête de le faire un jour en mode one push. Alors one push pour celles et ceux qui ne connaissent pas l’expression, c’est simple : tu pars d’en bas, tu grimpes, tu bois un thé, tu fais une photo et tu redescends. Tu as évidemment plusieurs voies possibles mais l’idée est de ne pas dormir dans un refuge comme je l’ai fait la première fois. J’ai même choisi mon guide, le grand et inégalable Tony Sbalbi parce que c’est un peu une de ses spécialités. Premier Mont Blanc qui se passe parfaitement bien et ce projet de retenter en mode moins « touriste » finalement s’éteint un peu dans ma tête pour moult raisons. Le truc le plus dingue et Tony pourra vous le confirmer, c’est que pendant des mois, je me suis répétée que lorsque tu vis un truc absolument parfait, le truc de dingue qui se passe bien du début à la fin (enfin j’en ai bien bavé quand même hein ? Mais raisonnablement !), doit-on prendre le risque d’y toucher ? Est-ce que Léonard devrait retoucher à sa Joconde ? Finalement, deux ans après, j’écoute Tony qui me propose Monte Rossa, une balade à la chasse des 4000 en Italie. Là encore que du bonheur même si je comprends que certains trucs ultra alpins ne seront clairement jamais pour moi. Mais ça réveille un peu mon idée de Mont Blanc… Et 2020 arrive… avec les annulations à tout va que vous connaissez tous. Mon année s’écroule littéralement, mon moral aussi…


Il me faut un truc pour me réveiller un peu parce que là franchement, je suis à deux doigts de me lancer dans l’élevage de hamsters de concours ! J’appelle Tony et c’est parti ! Une petite semaine après, il me rappelle pour me proposer quelque chose : il a une « cliente » qui a le même projet que moi, le même profil puisqu’elle a fait exactement le même parcours que moi, qui me connait virtuellement et à qui il pourrait proposer que je m’incruste sur la balade puisqu’il peut sans souci gérer deux personnes en même temps. Banco ! Elle accepte, moi aussi, c’est parti kiki. Seulement évidemment, ça ne pouvait pas se passer aussi simplement… La météo beaucoup trop chaude entraîne des chutes de pierres telles qu’on déconseille la grimpette. Jusqu’au dernier moment, nous sommes dans le doute et paf jeudi matin petit message de Tony : « les filles ça peut le faire dimanche matin, toujours partantes ? ». Mais oui évidemment que je suis partante ! Eh mince mes chaussures d’alpi… Je n’y croyais tellement plus que j’avais remisé mes nouvelles chaussures dans un coin. Après des locations de chaussures certes surement très bien pour des questions de sécurité mais qui me filaient à chaque fois des ampoules de dingue, je m’étais offerte « Ma paire rien qu’à moi ». Mince faut que je les fasse en vitesse alors… Je passe la journée de jeudi en short et en chaussures d’alpi devant le regard désespéré de mes enfants : « c’est ton nouveau style ??? Pitié ne sors pas dans la rue comme ça, on connait du monde nous ».


Nous avons prévu de partir à 1h du mat dimanche matin. Je fais donc la route tranquillement samedi, je me pose à Megève où je boucle mon paquetage avec des courses de dernière minute. En gros j’achète des compotes quoi ! J’arrive même à faire une petite sieste. Pâtes aux girolles délicieuses, mousse au chocolat parce que faut pas déconner non plus et je tente de dormir un peu. Bon évidemment je ne ferme pas l’œil et je finis par regarder un film plutôt pas terrible à la télé. Minuit, je file à ma voiture destination les Houches et sa jolie place de Mairie où nous avons rendez-vous. Anna arrive à 0h48, Tony 0h50 ! Pas de doute, on est ultra motivé ! Grimpette au départ du chemin de rando où on laisse nos deux voitures et c’est parti vers le refuge de Tête Rousse, arrêt obligatoire pour récupérer le matos d’alpi. C’est étrange de faire le parcours de nuit… On aperçoit les yeux d’un bouquetin qui doit se demander ce qu’on fout là à cette heure. La montagne est silencieuse et nous aussi. Il faut dire que la grimpette est quand même rude et la journée qui nous attend tout autant.


On arrive au refuge pour le petit déjeuner, et là j’ai un premier signe qui m’inquiète un peu. Je tremble comme une feuille, claque un peu des dents alors que franchement, il ne fait pas froid. Je file me changer comme c’était prévu pour passer des vêtements secs et je bois des litres de thé chaud. La sensation étrange finit par passer mais prudente, j’embarque avec moi ma gourde de thé des montagnes comme on dit là-bas (un thé ultra sucré, limite au goût chimique mais qui passe super bien !). Nous repartons pour le morceau compliqué de la montée : le couloir du goûter, le fameux, le célèbre, celui qui tous les ans pleure des cailloux qui feront pleurer des familles la perte d’un proche. Autant dire que tu ne passes pas la blague l’esprit ultra serein, surtout qu’après tu as une grimpette pas ultra simple à gérer avec des grosses chaussures de montagne et encordée. Ça passe, même si dans ma tête je me dis que le retour va encore une fois être coton, mais bon je l’ai réussi une fois, j’adopte la philosophie Scarlett, on verra ça en temps en heure !


Refuge du goûter, quel plaisir de retrouver cet endroit qui est vraiment de toute beauté quand on le voit en vrai. Nouvel arrêt technique, qui va du pipi réglementaire à la pose des crampons, en passant par un thé et un snikers qui me fait follement envie. Il faut que je mange un truc un peu solide parce que figurez-vous que j’ai découvert un truc que je vais pouvoir rajouter dans mon prochain article sur les produits Meltonic : ils gèlent quand il fait froid ! Mes barres que j’ai de façon totalement débile laissées dans la pochette extérieure de mon sac pour qu’elles soient facilement accessibles ont tout simplement gelées et sont dures comme de la pierre. Si je vous fais un détail de mon régime alimentaire absolument pas passionnant j’en conviens, c’est juste pour que vous compreniez bien qu’à ce moment-là de la journée, je mange et je bois sans aucun souci de façon très régulière. Alors même si je n’étais pas ultra rapide, rien ne pouvait présager à ce moment précis de la suite de l’aventure.

Heureusement que la vue nous fait oublier ça…

Nous repartons direction cette fois le sommet ! Crampons aux pieds, la neige n’est pas gelée rendant à la fois la grimpette plus facile puisque tu n’as pas des plaques de verglas partout mais aussi un peu plus fatigante je trouve puisqu’on s’enfonce un peu plus justement. C’est là que je remarque les premiers signes d’un truc pas normal… Mes pieds s’emmêlent alors que je veille vraiment à appliquer à la lettre les leçons de Tony en matière de gestion de crampons. Anna qui me suit me confirme qu’elle a remarqué aussi une légère perte d’équilibre chez moi à certains moments. Mon souffle commence à me manquer, je suis de plus en plus lente mais bon on est à plus de 4000 m déjà et en soi, ce n’est pas non plus étonnant. Je demande à Tony de nous arrêter deux fois pour que je reprenne mon souffle et pour boire, j’ai vraiment très soif. Quand j’y pense, j’ai bu des litres de thé dans cette ascension ! Enfin nous apercevons Vallot où nous devons faire une pause. Dès que nous nous posons, je bascule dans un état que je n’avais connu que 4 fois dans ma vie : je suis prise de tremblements et je claque des dents, pas au figuré hein ? Au sens propre ! A chaque accouchement j’ai vécu le même phénomène, pour le 4ème, je tremblais tellement que la sage-femme a fini par me sangler au lit pour pouvoir s’occuper de mon placenta récalcitrant (désolée pour les détails mais bon ça va quoi, c’est la vie et je n’ai aucun souci à évoquer ce qui en fait la source même).


Ok bon, maintenant il faut prendre une décision et vite. Le dernier passage jusqu’au sommet je le connais je l’ai déjà fait. Je me rappelle très bien cette arrête où un mauvais pas peut entraîner une catastrophe. Prendre le risque de me planter c’est une chose mais prendre le risque de mettre en danger la vie d’Anna et celle de Tony en les embarquant avec moi est absolument hors de question. Je leur dis de filer tous les deux, je reste à Vallot le temps qu’ils reviennent et on verra ce que ça donne. Evidemment le choc est dur à encaisser mais depuis le Jungle Marathon, j’ai appris à renoncer plutôt que de mettre en danger. Surtout que je m’inquiète vraiment de mon état. J’ai quatre couches de vêtements avec je tiens quand même à le signaler la veste et la doudoune qui m’ont accompagné en Antarctique ! J’ai rajouté une doudoune que Tony m’a prêté. On dirait le bonhomme Michelin ! J’ai sur moi en plus 3 couvertures et je finis par déballer ma couverture de survie qui a fait tous mes ultras depuis que j’en fais… Dire qu’elle a fait tous les déserts du monde ou presque et qu’elle a fini sa vie en France sur le Mont Blanc ! Au bout d’une heure, je ne me sens toujours pas mieux, mon cœur que je surveille grâce à ma formidable montre connectée est à 110 au repos, ce qui est quand même moyen. Je finis par appeler le médecin du PGHM pour avoir un avis. J’ai besoin de savoir si à leur avis je suis capable de redescendre par mes propres moyens. Il faut savoir un truc super important, Vallot est relié directement à leurs bureaux à Chamonix avec même une webcam qui leur permet de voir la personne qui les appelle. Alors pour celles et ceux qui souhaiteraient tester le sexe en altitude sachez que vous pouvez être filmé… Restez dans les toilettes des avions, c’est un conseil d’amie !

Bon pour être deux secondes sérieuse, la médecin me rassure et me dit que logiquement dès que je vais redescendre ça devrait revenir à la normale, ce que je savais déjà puisque quand même j’ai suffisamment bourlingué dans ma vie pour avoir un peu potassé ce foutu MAM. Je suis quand même déjà allée courir à plus de 4000 dans ma vie, et j’aime bien savoir ce qui peut m’arriver. Je ne suis pas fille de médecin pour rien ! Je décide de tenter de dormir un peu, parce que le groupe de bulgares bien bruyant est reparti et je suis enfin au calme. Le souci c’est que je vais vraiment m’endormir profondément, tellement que je ne sens pas mon téléphone sur vibreur… Quand tu ne sens même plus les trucs qui vibrent c’est que la vie ne vaut plus la peine d’être vécue ! Je ne vous dis pas la panique de Tony ne pas réussir à me joindre ! Ils arrivent et après avoir repris des forces, nous repartons, l’idée est de voir si je suis capable de rentrer sur mes deux pieds. Il ne faudra pas longtemps pour réaliser que non, ce serait totalement suicidaire et irresponsable pour moi d’attaquer la descente du couloir du gouter dans mon état. Tony prend les choses en main et appelle le PGHM pour tout organiser… Seulement qui dit PGHM dit hélico… et moi je déteste les hélicos…

On attend l’hélico sur le dôme du Goûter…

Je sais que c’est le fantasme de nombreuses personnes mais voilà, déjà l’avion et moi on n’est pas trop copains et il faut vraiment que j’adore voyager pour que j’y foute les pieds mais alors l’hélico ! J’ai fait un tour un jour dans un déplacement pro pour survoler un ironman, tous les collègues journalistes étaient ultra excités, j’ai cru que j’allais faire un malaise ! Vous m’auriez vu… je cherchais les sacs à vomi partout et j’ai littéralement bondi en dehors du truc à peine posé au sol en me jurant sur ce que j’avais de plus cher que plus jamais on ne m’y reprendra… Eh ben voilà… pour mes 50 ans, je m’offre le truc que je ne voulais plus jamais faire. Mais pourquoi je ne me suis pas offert une rolex comme tout le monde ??? 30 minutes après l’appel, ils sont là dans un boucan du diable, j’abandonne mes compagnons de route, fin du game, je n’ai toujours pas compris ce qui m’arrive


Je vous passe sur le fait que j’ai pleuré à bord de nervosité (je pense que mes compagnons de vol ont dû penser que c’était par dépit de n’avoir pas pu atteindre le sommet… tu parles Charles !), j’avoue que l’arrivée à l’hôpital avec la gentille infirmière qui m’attend avec un fauteuil roulant me fout un coup terrible. J’avais totalement zappé cette possibilité, alors qu’évidemment on n’allait pas me relâcher dans la nature sans vérifier que je tenais sur mes pattes arrière. Rapide passage à l’accueil pour dire que non désolée je n’ai pas ma carte vitale et ma carte de mutuelle sur moi, et encore moins ma CB ayant un peu prévu une autre activité que le shopping ou un passage aux urgences ce jour-là (bon je vous rassure évidemment nous sommes en France, pays où l’on soigne tout le monde, et rien que ça me fait aimer mon pays encore plus !). Direction une salle d’examen des urgences avec ma gentille infirmière qui ne lâche pas. Elle me demande d’enfiler une blouse, moi je lui demande où sont les toilettes… Le vol m’a filé une migraine telle que j’ai envie de vomir. Elle me dit qu’elle peut m’amener un bassin, je refuse. Nan mais là à un moment ça va aller, la journée est déjà assez pénible pour qu’en plus elle ne finisse pas par moi en train de vomir de la bile devant une gentille jeune fille qui franchement ne doit pas terminer sa journée par cette vision. J’enfile ma blouse et me voilà en slip en train d’attendre mon électrocardiogramme… Sympa mon cadeau d’anniversaire ! Le médecin me rassure, mon cœur va bien, mon rythme est en train de revenir à la normale, j’ai le droit à un médoc pour calmer ma migraine, et zou on me remet dehors en me demandant d’être calme les prochains jours quand même. Tout le monde est absolument adorable, aux petits soins, ça fait du bien.

I’m sexy and I know it

En attendant, je suis à Chamonix et ma voiture est aux Houches. Je décide d’aller prendre le bus que je connais bien puisque je loge souvent au Rocky Pop. Je décide quand même de m’offrir un verre parce que tout ça m’a donné soif et me voilà sur la terrasse du café à côté de la mairie. Une charmante jeune femme vient prendre ma commande mais j’ai presque perdu ma voix. Figurez-vous que mes cordes vocales ont plutôt mal supporté le passage de la bile (amis poètes bonsoir ! je ne vous épargne rien hein ?) et il faut croire que j’ai mauvaise mine parce qu’elle me demande si je vais bien. En quelques mots je lui explique mon vol en hélico et elle me dit « bon je vous mets des chips avec votre diabolo, faut vous requinquer ! ».

Voilà l’aventure est finie… Tony et Anna sont en train de redescendre tranquillement mais surement de la montagne et moi je suis là devant mon diabolo avec mon moral tout ramollo. C’est la vie, c’est comme ça, le MAM est un mal étrange qui profite de la moindre de tes faiblesses et ne te laisse aucune chance. Tu peux faire 20 fois le Mont Blanc sans l’avoir et paf un jour sans prévenir, il te cloue au sol et te rappelle que la montagne est toujours la plus forte. Evidemment que je regrette que ça se soit terminé ainsi mais je n’ai absolument aucun regret d’avoir renoncé parce que là on parle de risque potentiellement mortel quand même. Dévisser alors que je suis encordée parce que j’ai tout d’un coup un problème d’équilibre, ce n’est pas seulement me mettre en danger c’est aussi mettre la vie de mon guide et celle d’Anna ce jour-là. C’était la seule et unique décision à prendre et je n’ai absolument aucun regret. Est-ce que je vais y retourner ? Evidemment ! Si Tony est partant, je sais que je vais y retourner un jour mais figurez-vous que j’ai réalité un truc : ce qui me faisait rêver n’est finalement pas fait pour moi. Avec le recul, j’ai réalisé que la version « touriste » où tu grimpes tranquillement du nid d’aigle, où tu t’arrêtes boire un verre à Tête Rousse, où tu files ensuite au refuge du gouter pour passer la nuit (même s’ils n’ont pas de douche !), le diner où tu papotes montagne avec tes voisins qui sont là pour vivre la même chose que toi, le petit déjeuner à l’aube, l’ambiance dans la salle alors qu’il fait nuit noire où tout le monde se prépare en silence ou presque, les cordées qui partent à la frontale, à l’assaut de cette montagne… en fait c’est tout ça que j’ai aimé la première fois. Vous savez c’est comme pour le Mont Blanc d’Angelina, le manger dans la rue debout dans la cohue et le bruit ça n’a aucun sens. Ça se respecte un gâteau pareil, où se rencontrent la légèreté de la crème fouettée, la douceur sucrée de la meringue et la force de la crème de marron. Il se déguste avec un thé Mariage, au calme dans un salon de thé à la décoration précieuse, un peu daté mais qui fait tout son charme, avec sa meilleure amie, à papoter en refaisant le monde. Je me remets d’aplomb et promis juré, je reviens le déguster mais je sors l’argenterie, le service en porcelaine et le petit doigt levé !


Ps : encore merci à Anna et Tony pour avoir été absolument parfaits l’un et l’autre dans cette aventure, à l’équipe médicale qui m’a prise en charge à l’hôpital de Chamonix et évidemment merci à l’équipe du PGHM avec laquelle je me suis envoyée en l’air !

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