Cécile BERTIN

Cecile2

Qui suis-je ?

Je suis avant tout une mère de famille de 4 enfants, ce qui est là aussi une surprise en soi. Ma meilleure amie d’enfance (pensionnaire comme moi chez les sœurs, ça créée des liens croyez-moi !) m’a avoué un jour que pour tout le groupe que nous formions à l’époque, j’étais celle qu’elles voyaient vivre seule, en vieille fille, pas du tout aigrie mais voyageuse, surement journaliste de guerre… Tout sauf journaliste running à la tête d’une famille nombreuse… D’ailleurs je ne sais pas quand tout est parti en cacahuètes mais je suis devenue mère à la fac (et pas par accident !) emmenant mon fiston en cours, donnant le biberon de la main gauche en prenant des notes de la main droite. Je le confiais au secrétariat le temps de mes examens et j’ai même dû passer un oral avec lui ! J’étudiais l’histoire et si la vie ne m’avait pas obligée à la gagner trop tôt, je serai surement en ce moment planquée au fin fond d’une bibliothèque de France ou de Navarre en train de ranger les étagères.

Le sport ne faisait absolument pas partie de ma vie… Mais à un point… Enfin si, comme toute petite fille de bonne famille bourgeoise de province, j’ai fait de la danse classique. Il est apparu très vite que je n’avais aucun don mais je crois que le fait d’avoir uniquement pratiqué un sport (parce que c’est un sport) qui associe douleur et mental dès le plus jeune âge a surement joué plus tard. On finissait toujours l’échauffement par le « supplice »… tout un programme ! En plus j’avais à faire face à un vrai souci technique : des jambes trop longues par rapport à mes bras… Allez faire un pied à la main tiens ! Moi je n’ai jamais pu faire autre chose qu’une cheville à la main… Bref j’arrête toute pratique sportive pour mon plus grand bonheur à l’adolescence quand l’infirmière scolaire détecte chez moi une scoliose très grave. J’ai toujours dit que j’avais très mal au dos mais mon père médecin me répondait toujours que c’était psychologique… Je t’en foutrais du psychologique tiens ! Rééducation en catastrophe, constat qu’il me manque 6 cm perdus par mon dos tordu, bassin déplacé et j’en passe. Ça a l’air rigolo dit comme ça mais quelques années plus tard je découvrirais dépitée qu’il me faudra faire une croix sur la péridurale, ce qui est vachement moins drôle. Mais mon surnom de Tour de Pise vient de là, il suffit de regarder une photo de moi qui cours pour constater que je penche sérieusement d’un côté.

Où vais-je ?

Me voilà donc à l’âge adulte, âge où l’on se remet en question, où l’on commence à se demander ce qu’on a bien pu faire de sa vie. Et je ne sais toujours pas comment (je penche vraiment pour un abus d’alcool ce jour-là, aucune autre explication possible), je me mets en tête de courir un marathon. Je sais que ça fait 42km (j’ai fait grec ancien !), je ne cours pas plus de 3 min sans mourir, ce qui est bien loin du record de Philippidès qui lui au moins aura attendu 42 bornes pour le faire, mais voilà c’est comme ça. Et ma plus grande chance à ce moment-là, je le mesure vraiment maintenant, c’est que personne ne m’a dit quoique ce soit. Mon cher et tendre n’a pas dû me prendre vraiment au sérieux mais il m’a juste dit « quand ça va mal, t’arrête et pis c’est tout ». J’ai en tête de courir le marathon de New York (quand à faire !) et je vais le courir, mieux je vais gagner un concours et je vais y aller tous frais payés ! Et dans l’avion j’ai emmené avec moi le livre de Philippe Paillaud, premier français qui a intégré le Seven Continents Club, le club de ceux qui ont couru un marathon sur les 7 continents, Antarctique inclus. C’est le début de la fin ! J’en parle à mon homme, lui dit que je ferai bien la même chose mais en 80 jours histoire de rendre hommage à Jules Verne, né dans la même ville que moi et il me répond banco. Je suis en congé parental à la maison et je lâche mon abécédaire en point de croix pour me lancer dans la recherche de sponsors. Un an après me voilà parti, moi la terrorisée de l’avion, je fais le tour du monde et je tombe en amour du 7ème continent, moi la fille qui hurle qu’elle meurt de froid quand il fait moins de 20°C.

Sur quel état j’ère ?

Ce que je ne soupçonnais pas à ce moment-là, c’est que ce projet allait bouleverser ma vie. J’ai toujours écrit, bien ou mal, là n’est pas la question mais j’aime ça. J’ai donc forcément très vite raconté cette aventure, mes aventures, et ma plume a eu l’air de plaire. De textes publiés sur le web, je suis passée à des textes publiés dans des magazines (Merci à Philippe Billard qui le premier avec Ultrafondus m’a fait confiance d’ailleurs). Et de simples textes je suis passée à un livre et à un magazine que je dirige (enfin que je coordonne parce que je ne me sens pas chef pour un sou). Running pour Elles est né, et voir mon bébé en kiosque me fait toujours aussi bizarre. J’ai continué à courir, de plus en plus loin et de plus en plus longtemps. Parfois je me prends de belles baffes qui me remettent à ma place mais c’est la vie et je préfère en rire, même si je suis humaine et que parfois c’est un peu difficile à accepter sur le coup, forcément.

J’ai découvert les courses en étapes dans le désert et ce fut le coup de foudre. Je n’arrive pas à comprendre pourquoi d’ailleurs parce que ça réunit tout ce que je déteste : dormir par terre, au milieu d’inconnus qui ronflent et parfois se lavent quand ils y pensent… Les conditions sont vraiment difficiles, chaque jour demande une vraie volonté d’y retourner mais pourtant je m’épanouis dans ce genre d’aventure. Mon fait d’arme en la matière ? Etre la première française à boucler en 2012 le Grand Slam à savoir 4 courses de 250 km dans 4 grands déserts du monde (Atacama, Gobi, Sahara et Antarctique) sachant que j’ai rajouté cette année-là le MDS et l’UTMB version bébé (c’est pas ma faute j’étais invitée, je ne pouvais pas refuser, c’est malpoli !). Et si je continue de raconter mes petites histoires c’est avant tout pour convaincre les personnes que je rencontre, qui en rêvent mais qui ont peur que c’est possible puisque moi, la fille tordue nulle en sport j’y arrive.

cecile@runfitfun.fr