Run : 60k du MIUT à la « one again bistoufly » !

Je suis devenue aussi lente à publier mes récits qu’à courir… c’est peu dire ! Mais j’ai enfin quelques instants pour vous raconter mon aventure « made in Madère ». Pas vraiment sûre que ce soit intéressant mais comme j’ai quelques infos à donner qui pourraient vous intéresser si l’envie d’aller voir du côté du MIUT l’année prochaine vous prenait, je m’y suis collée.

Le pourquoi

Déjà commençons par le commencement, pourquoi je me suis retrouvée là-bas et surtout pourquoi avoir choisi une distance qui n’est pas la distance reine. Disons les choses clairement : il est loin le temps où je pouvais prendre le départ d’un ultra à la « one again bistoufly » en mode « sur un malentendu ». Mon niveau en trail, c’est comme les boites de nuit et la musique sur Nostalgie, c’était mieux avant ! Seulement voilà, je reste journaliste qui doit ensuite rendre compte à mon cher rédacteur en chef de son escapade dans les îles lointaines et qui, aussi peu douée pour l’écriture que pour la course à pied, connait ses limites : si je ne suis pas un peu sur le terrain, baskets aux pieds et bâtons dans les mains, mes articles manquent un peu de vérité. Et puis j’aime bien donner mon avis sur quelque chose que je connais vraiment.

A la base, je devais partir sur le 40km mais en papotant avec des « anciens », je comprends vite que celui-ci me prive du passage au Pico Ruivo, le pic qui déchire sa race. Dans ma tête pas toujours très nette me vient l’idée de faire les 40 premiers kilomètres du 60. Je sais déjà au moment où j’envisage de prendre le départ, je ne pourrais pas être prête pour autant de dénivelé. Être finisheuse n’est pas mon obsession, mon idée est vraiment à ce moment-là uniquement de pouvoir écrire un article digne de ce nom. Mais c’était sans compter Madame sciatique qui fait une entrée fracassante dans ma vie. Les douleurs lombaires, ça je connais, je vis avec depuis mes 12 ans mais ce truc-là… En dehors d’un épisode pendant ma deuxième grossesse (sachant que ma fille va sur ses 24 ans), je n’en ai jamais souffert. Et là c’est l’enfer… Je commence par une bonne semaine de repos complet, mais rien n’y fait. Je continue avec une semaine d’anti-douleurs, mais rien n’y fait… Je repars pour une semaine de repos, de toute façon j’ai déjà du mal à marcher alors courir, je vous laisse imaginer et là je crois poindre un horizon plus calme du côté fessier ! Tout semble être rentré dans l’ordre ou presque, mais c’était sans compter la reco du Trail St Jacques (récit à retrouver ici), le pied gauche qui glisse sur un caillou et crac, c’est reparti mon kiki. Là, plus le choix, je pars sur une semaine d’anti-inflammatoires, le truc que je déteste prendre mais je ne peux pas continuer à vivre avec une bouillote collée sur la fesse gauche. Je ne le fais pas pour le sport mais pour mon quotidien, rester à mon bureau est devenu trop compliqué.

Et Madère dans tout ça ? Vous l’avez compris, je suis déjà rarement très entraînée mais alors là, c’est le pompon ! Que faire ? Annuler ? Hors de question, l’avion, l’hôtel tout est réservé. Je regarde de plus près le parcours et je découvre que la première et unique barrière horaire se situe à la redescente mais il faut faire 40km pour l’atteindre, une paille… Ok, à défaut de 40km, je pars pour 20, je fais la montée, je prends la vue en photo et je grimpe dans la première voiture que je trouve à la descente, ça suffira bien.

Madère me voici !

J’arrive sur l’île jeudi en fin de journée avec un atterrissage qui aurait pu me traumatiser. Ce n’est pas un atterrissage d’ailleurs, c’est un appontage leur truc ! Je m’attends à voir sortir de la cabine Tom Cruise Ray Ban dorées sur le nez et dents blanches pour me saluer en mode « welcome to Madera » super fier d’être allé friser les moustaches de la tour (ouais je sais… je suis au taquet avec le 2 qui arrive enfin sur nos écrans !). Taxi, hôtel, ma gentille organisatrice a tout prévu, nous logeons au plus près de la ligne d’arrivée à l’hôtel Dom Pedro. Retrait des dossards, pasta party prévue par l’orga (ça je spoile tout de suite, vous pouvez vraiment zapper !) et dodo tôt, mes petits camarades sont sur le 115 et veulent prendre un peu d’avance question sommeil, ce qui se comprend aisément.

Vendredi balade à Funchal qui est à une petite demi-heure de notre lieu de résidence. C’est le souci de cette course d’ailleurs, la capitale n’est pas non plus à côté du village de la course et ce serait vraiment dommage de ne pas y aller se balader, surtout qu’à cette saison, on est encore loin de la foule. Vu la taille étroite des ruelles, je n’ose imaginer le même endroit en plein été ! Mais là c’est calme, il fait beau et les pasteis de nata sortent du four… Que demande le peuple ! J’en profite pour allumer un cierge à la vierge de la cathédrale, dans le doute… Retour à Machico, retrouvaille avec mes petits camarades engagés sur le 40, diner, dodo. Je dois prendre la navette tôt puisque le départ n’est pas à côté. Bon c’était sans compter mes voisins dont les gamins insupportables ont décidé d’annexer le couloir comme espace de jeu à 23h30… Dom Pedro, c’est super bien placé mais question insonorisation vous pouvez laisser tomber.

MIUT, 60k de randonnée

Mon hôtel est à une minute des navettes qui nous emmènent à Boaventura le village de départ. J’avoue que ça fonctionne super bien de ce côté-là. J’ai retrouvé plusieurs visages connus dont Emma (Sabrina tu étais avec nous ce matin-là) et la « bande à Meheza » qui se reconnaîtra. Je voudrais bien vous dire que je ne suis pas sereine mais ça n’est pas du tout le cas. J’ai en tête mon plan de route, j’ai déjà renoncé, je suis là pour bosser et si possible prendre un peu de plaisir aussi. Les douleurs qui j’ai ressenties dans le trajet de bus m’ont confortée dans l’idée que de toute façon, la raison devait l’emporter.

Le départ est donné, tout le monde part à fond les ballons, je fais semblant de trottiner mais très vite, ça monte, ça bouchonne un peu, me permettant de rester un peu entourée mais ça ne va pas durer. Je pense qu’en 10 minutes, je suis la dernière du troupeau, j’ai déplié mes bâtons et j’ai mis ma musique pour rester focaliser en priorité sur une chose : penser à toujours bien poser mon pied gauche à plat pour éviter de tout enflammer. Mais je vous rassure, je lève la tête de temps en temps quand même hein ? Kilomètre après kilomètre, j’avance sans trop me poser de question, je m’arrête prendre des photos, faire des petits vidéos, une vraie influenceuse d’opérette ! J’avoue que je trouve les paysages tellement beaux que je ne vois pas trop le temps passer en réalité. Je suis tellement focus sur ma marche que j’en oublie de manger et que je sens l’hypo s’annoncer. Petit arrêt gros caillou gaufre Naak caramel au beurre salé pour me resucrer vite fait, je repars, bien décidée à prendre deux minutes au deuxième ravito pour manger un peu (le premier était à 6km seulement). Arrêt au stand rapide, efficace, une flasque de boisson iso, une flasque avec de l’eau je suis parée !

Je comprends alors que le fameux Pico c’est dans la purée de pois que je vais l’admirer. Moi qui montais pour la vue… ben, je n’ai rien vu ! Enfin si… J’ai vu un visage connu, ou, pour être parfaitement honnête, j’ai été reconnue par une jeune femme (Julie de son prénom) qui attendait avec un groupe d’amis un coureur. J’entends un « mais vous êtes Cécile Bertin ? » « Euh oui » « vous avez consacré un article sur mon trail du Sancy avec une amie, il y a quelques années, c’est dingue que je vous retrouve ici ! ». Arrêt photo obligé, je repars et je réalise très vite que j’avais en tête à la base de m’arrêter là mais je n’ai pas vu de ravito à proprement parlé, juste un contrôle de dossard. Ok, je file vers le ravito suivant, bien décidée à m’arrêter.

CP après CP… avec en vue finalement la ligne d’arrivée !

J’arrive à Chao de Lagoa après m’être maudite pleins de fois de ne pas avoir fait du stop au Pico, je fonce prendre une soupe bien chaude, le temps est maussade, ça crachouille un peu. Pas de quoi mouiller une bretonne mais ça rend la balade tout de suite moins agréable. Alors que je discute avec mon voisin sur la possibilité d’abandonner là, il me dit « attends c’est quand même bête, la BH elle est au ravito suivant. Tu as un peu plus de 10 bornes à faire et normalement ça descend. Au moins ce sera l’orga qui t’arrêtera, pas toi. Moralement c’est mieux non ? ». Et allez savoir pourquoi je décide l’écouter… Je cherche encore ! J’en profite pour le remercier officiellement parce que sans lui, jamais la suite n’aurait eu lieu. Je repars et même si ça descend, y a jamais moyen que ce soit vraiment roulant ! Je dois m’arrêter une ou deux fois pour quelques étirements, parce que blague à part, je marche depuis 8h du matin. Et là surprise, alors que j’aperçois le fameux ravito, je regarde ma Coros et surtout mon téléphone pour avoir l’heure : 18h15 alors que la BH est à 19h30. Ok je fais quoi moi ? Bon, je vais déjà commencer par aller me faire une petite soupe et je réfléchis ensuite, toujours réfléchir l’estomac plein. 18h30, mes gourdes sont remplies, mon estomac aussi… Je fais quoi ? Il reste 20 bornes quand même… Et à mon rythme ça fait long quand même encore cette blague, surtout en marchant.

Allez Porto da Cruz est à 10 bornes, au pire je m’arrête là. Ce qui est dingue quand tu marches vite et régulièrement, c’est qu’à un moment tu finis par doubler. Ok je double souvent des coureurs du 85 ou du 125 qui ont explosé mais pour le moral, c’est toujours sympa. Après je vous rassure, je n’ai pas fière allure pour autant et plusieurs coureurs prendront même quelques instants pour me demander si tout va bien ! Je dois vraiment marcher bizarrement ! Mais j’avance et j’arrive de jour dans la charmante bourgade de Porto. Je ne m’attendais tellement pas à ça ! Re soupe, flasque remplie à fond de la super boisson isotonique à laquelle je carbure depuis le début (c’est celle de l’orga, absolument aucune idée de la marque d’ailleurs) et direction la ligne d’arrivée. Franchement je suis totalement paumée dans mes calculs mais je me dis que si je continue à ce rythme, il n’est pas exclu que je sois finisheuse. Surtout que le parcours est vraiment superbe ! Je profite d’un coucher de soleil splendide sur l’océan. Dire que j’ai failli rater tout ça ! La nuit tombe doucement mais surement. La falaise est alors éclairée de dizaines de lampes qui donnent un côté Ibiza à l’ensemble absolument superbe.

Mes écouteurs finissent par me lâcher, pas grave, je choisis ma playlist classique, Riopy en fond sonore, c’est parfait et ça ne devrait pas trop gêner les coureurs qui me doublent. C’est vrai que c’est assez frustrant de ne pas pouvoir courir alors que le terrain s’y prête tellement mais je ne peux pas prendre un tel risque si près du but. Je sais que ça peut surprendre mais j’ai pleins d’histoires de personnes qui ont fini en PLS à un km de l’arrivée, qu’il est hors de question pour moi de jouer à ce petit jeu-là. Je m’en fous totalement de finir dernière, je n’envisageais même pas de finir tout court alors autant savourer ! J’ai retrouvé Sandra et une de ses amies qui est un peu à la peine, plus moralement que physiquement je pense et, oh surprise pour moi, pas de doute, je marche encore plus vite qu’elles. Alors que le village est enfin là, le bitume sous mes pieds, je me mets à trottiner dans la descente. Je dois faire au moins du 7km/h mais pas grave, ça fait du bien au mental. La ligne d’arrivée est là, les copines aussi pour m’accueillir comme une star que je ne suis pas (encore merci les filles c’était top que vous soyez venues !), je n’y crois pas… J’ai ma médaille autour du cou, je suis finisheuse du 60k du MIUT et je ne suis même pas la dernière !

Tentative d’aller acheter un truc à grignoter mais le food truck de burger vend le dernier devant mon nez, j’avoue que je n’ai pas vraiment faim en réalité. Je me traîne jusqu’à ma chambre, douche, pyjama… A minuit j’entends le décompte annonçant la fin officielle de la course, alors que je suis déjà sous mes draps. C’est rare chez moi mais je suis tellement épuisée nerveusement d’être restée attentive à chaque instant de la façon dont je devais poser le pied que je m’écroule littéralement et qu’en 5 minutes à peine je dors profondément.

Tout ça pour ça…

Conclusion ? Est-ce que le message qu’il faut retenir de tout ça c’est « prendre un dossard blessé c’est une super idée » ? Bien sûr que non !!! Ce qui a été possible là l’est déjà parce que j’ai l’habitude de marcher longtemps, très longtemps et surtout parce que les BH sont confortables. Et parce que j’ai appris à gérer la douleur après des années à souffrir des lombaires à cause de ma scoliose. Parce que j’ai oublié de le préciser mais des fois que certains auraient des doutes, non je ne me suis pas shootée aux anti-douleurs bien entendu. Est-ce que je suis fière de moi ? En réalité même pas je l’avoue. Je ne fais pas un trail pour le marcher de bout en bout, ça n’a pas de sens pour moi. Même si bien entendu je marche quand ça grimpe et qu’il m’arrive de marcher sur les longues distances, pour moi, un trail n’est pas une randonnée. J’étais là pour le travail, pour pouvoir écrire un sujet dans le prochain Jogging International plus vivant mais si cette course avait été purement « perso », clairement je crois que j’y aurais renoncée. Et si j’ai fini par me décider à vous la raconter c’était surtout dans le but de pouvoir remercier ici officiellement tous les coureurs qui m’ont encouragé, qui ont pris deux secondes pour prendre de mes nouvelles et bien sûr pour remercier tous les bénévoles et surtout les cuisinières pour leur soupe de poulet que j’ai vraiment adorée !

PS : si vous avez insta j’ai mis toutes mes photos et mes vidéos sur une story à la une ici

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