Run : Plaquer la plaque ?

Après de timides débuts, il y a quelques années – je me souviens d’une paire de Zoot de triathlon que j’avais essayée il y a fort longtemps – les « chaussures à plaque de carbone » sont devenues un incontournable des gammes de nombreuses marques. Toutes nous promettant de nous aider ainsi à courir plus vite en se fatiguant moins … tout en dépensant beaucoup plus. Si l’on excepte l’aspect financier, avouons que franchir le pas est bien tentant. L’ayant franchi, j’aimerais ici vous livrer quelques réflexions personnelles sur le sujet.

Je ne m’appesantirai pas sur l’aspect éthique, la technologie étant disponible et homologuée par les fédérations d’athlétisme à travers le monde, le débat n’a pas vraiment lieu d’être. Chaque compétiteur est libre (si tant est qu’il en ait les moyens) de s’équiper ou pas.

Le premier point que j’ai envie d’aborder est celui de la véracité de l’assertion « plus vite en se fatiguant moins ». Après une période d’adaptation qui nécessite de modifier quelque peu sa foulée (j’y reviendrai), force est de constater que, oui, c’est indubitable, on va (un peu) plus vite, surtout en ligne droite, ou, autre façon de voir, à une vitesse donnée, on fait moins d’efforts (ce que j’ai vérifié via les sensations et via la FC en alternant chaussure à plaque et chaussure classique). Cela dit, il faut déjà courir … vite pour que tout ceci soit vrai. Sur une séance d’endurance fondamentale, l’effet n’est pas garanti, tout au moins en ce qui me concerne. Par contre, faites l’expérience d’une série de 400 m avec des « plaques » puis avec des « classiques », vous allez trouver les secondes d’une affligeante mollesse.

Le deuxième point est la nécessaire modification de la foulée. Pour que la plaque « produise son effet » (sic), il faut appuyer fort sur l’avant, comme si on avait envie de comprimer un ressort et avoir le buste légèrement en avant. Ouf, cela reste compatible d’une foulée médio-pied. Il y a une biomécanique nouvelle à trouver si l’on veut tirer profit de la technologie. Il faut le savoir. D’autre part, la semelle est globalement plus raide (surtout dans les axes latéraux) qu’une semelle classique et, toujours à titre personnel, cela me gêne lors d’enchaînements de virages.

Une fois qu’on les a testées, on trouve le reste bien fade…

Dernier point qui rebondit sur ce que je viens d’écrire. Biomécanique nouvelle + semelle rigide + entraînement fractionné sur une piste cendrée sur laquelle il fallait appuyer fort pour avoir l’effet carbone = contracture dans la cuisse gauche (les virages ?) et retour à des chaussures classiques pendant trois semaines avant de « remettre les plaques » mais cette fois pour des entraînements sur route (sans trop de virages type stade). Attention, je ne dis pas qu’on (c’est à dire : vous) se blesse avec ce type de chaussures. Je dis juste que je me suis blessé et que j’impute cela au changement de foulée.

Post-scriptum : oui malgré tout cela, c’est jouissif d’aller plus vite et oui on n’a pas envie de plaquer la plaque une fois qu’on l’a essayée et qu’on a ciblé les situations d’entraînement et de compétition à privilégier.

En conclusion, ces chaussures ne sont pas de simples gadgets marketing mais de véritables… pièges à glu :-); Une fois qu’on les a testées, on trouve le reste bien fade. Par contre, il faut avoir conscience que leur scope d’utilisation est relativement étroit : séances de fractionnés, compétitions et que cela suppose une autre paire pour le tout venant donc un investissement certain. Tout dépend à combien vous valorisez le prix de la seconde gagnée sur le 10 km…

Frédéric Brossard

Crédit photo : Endorphin Pro – Saucony

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