Cycling : 10 jours de bikepacking à travers les Balkans (2/3)

Retrouvez la première partie du voyage ici : https://runfitfun.fr/2021/08/31/10-jours-de-bikepacking-a-travers-les-balkans-1-3/


Etape 3 : les rives du Skadar et l’arrivée en Albanie, 65 km et 1050 m D+

Le Strava : https://www.strava.com/activities/5424780499

Au réveil, on découvre un décor majestueux que la nuit nous avait caché hier soir. Les oiseaux chantent, le ciel est bleu et notre linge est sec. Bref, la journée ne pouvait pas mieux commencer.

On engloutit un petit-dej hautement nutritif préparé par notre hôte, avec entre autres mignardises de délicieux bureks maison. Et l’on se met en selle. Nous roulons sur la « route magique du lac Skadar », un nom romantique pour une route qui ne l’est pas moins. Cernée par une nature de landes – bruyères et fougères – elle zig-zague en montagnes russes sur les contreforts du lac. Pour un peu, avec la brume de beau temps qui s’évapore du lac, on se croirait presque en Ecosse.

On croise deux bikepackers hongrois. Ils remontent depuis Athènes jusqu’à Budapest. Sacré objectif ! Au moment où on se souhaite bonne route déboule une Renault immatriculée dans le 59. Curieux de voir qui est derrière le volant, on fait de grands signes pour qu’elle s’arrête. Le conducteur abaisse la vitre, et répond en français à notre bonjour. C’est Johnny, un franco-monténégrin de Maubeuge, installé ici depuis une vingtaine d’années. Belle et improbable rencontre sur cette route quasi-déserte.

Il commence à faire faim après ce début de journée vallonné, et ça tombe bien, on arrive dans le petit village d’Ostros, le dernier avant la frontière. Nous avons l’embarras du choix culinaire, avec pas moins de trois restaurants. Malheureusement, aucun ne prend la carte, et on est arrivé à cours de cash. « ATM ? 20 kilometers » : pas de distributeur avant 20 kilomètres. C’est un coup dur.

On repart, dans une fringale de plus en plus prononcée. Dans le style caractéristique des cyclistes en hypoglycémie, on « pédale avec les oreilles » jusqu’au sommet de l’ultime montée de la journée et son belvédère sur les massifs qui bordent le lac. Au nord et à l’ouest, les collines monténégrines. Au loin à l’est se dessinent les sommets enneigés des Alpes albanaises. Et juste à côté, un restaurant qui prend la carte. Alleluia !

Rassérénés, ragaillardis et alourdis, on dévale les 30 derniers faux-plats descendants, à peine ralentis par le passage de la frontière. Arrivés à Shköder, chef-lieu du canton albanais du même nom, on refait nos provisions, un peu de cuisine et on va se coucher tôt en prévision d’un lendemain qui s’annonce épique.


On avait tout prévu pour ce qui s’annonçait être une étape d’anthologie (pour nous) dans les Alpes albanaises : une grosse boucle gravel (120 km et 3000 m D+), des provisions (un bon kilo de pâtes au pesto avait été cuisinées la veille au soir) et on avait recoupé plusieurs sources météo qui faisaient état, au maximum, d’un léger risque de pluies éparses et faibles.

Pourtant, c’est le tonitruement de trombes d’eau qui nous réveille au matin. Pas de souci, on se dit que c’est peut-être simplement une averse. On attend une heure, deux heures, mais rien à faire. Il pleuvra sans discontinuer jusqu’en fin d’après-midi. Tant pis, ce sera journée de repos.

On ira se poser dans un café cycliste cosy, où l’on discutera avec les gérants et les clients qui nous apprendront que Shköder est la capitale du vélo en Albanie, chaque habitant possèdant au moins un vélo. On parlera aussi musique, et on découvrira de belles ballades albanaises (comme celle-ci : https://www.youtube.com/watch?v=iLsy_2pIApE) avant de trinquer autour d’un rakia maison.


Etape 4 : au coeur de l’Albanie, 78 km et 1600 m D+

Le Strava : https://www.strava.com/activities/5435848575

Après un bon petit-déjeuner à la « Burekteria », un fort vent de dos s’est mis en tête de nous pousser sur notre première heure de selle. Strava nous flashe à 38 km/h sur un segment tout plat de 2 kilomètres. Tout schuss.

Viennent ensuite les reliefs. De douces ondulations sur lesquelles il est agréable de grimper. D’autant plus que tous les automobilistes que l’on croise nous soutiennent, à grand renfort de coups de klaxon et de signes d’encouragement. Ils ont cerné en nous les doux dingues.

Lors d’une pause pour recharger nos bidons, on tombe sur Ardian, le propriétaire du bar, qui parle français. Lui qui n’a pas pratiqué depuis une bonne année est content de pouvoir s’y remettre. Il nous raconte ses voyages à Bordeaux, s’enquiert de notre destination et nous demande un selfie-souvenir. On en fera deux : un pour lui et un pour nous.

Au fur et à mesure que l’on s’enfonce dans la campagne, les routes deviennent de plus en plus défoncées. Souvent, il n’y a qu’un seul côté de goudronné. La prudence s’impose dans les descente. On s’engage sur une piste qui mène à la vallée de Fushë Arrëz.

Autrefois une ville minière prospère et une étape sur la route du Kosovo, Fushë Arrëz a pâti de la fermeture des mines et de la construction d’une autoroute qui la contourne au sud. Sur la place principale, des enfants en VTT viennent nous voir. Un policier, amusé, fait la traduction : ils nous mettent au défi de descendre à vélo un escalier. Ils nous en font la démonstration, mais en l’absence de suspensions sur nos machines, on n’ose pas les imiter.

Quelques kilomètres plus loin et nous voilà arrivés dans la belle auberge de Marko. Un grand fan du Real Madrid, on discutera foot sur la terrasse jusque tard dans la nuit.


Etape 5 : sur la piste du Kosovo, 96 km et 1660 m D+

Le Strava : https://www.strava.com/activities/5441941128

La journée commence sur les chapeaux de roues par un très joli col de 7km à 6%. La végétation qui nous entoure ressemble à s’y méprendre à celle des Alpes. La route, un cul-de-sac vers la village enclavé d’Iballë, est absolument déserte.

Ou presque : au sommet, une camionnette s’arrête à notre hauteur. Nos interlocuteurs viennent livrer du matériel électrique à Iballë et proposent de nous emmener avec eux. Encore frais, on décline leur sympathique proposition. ls se montrent en revanche un peu effarés quand on leur dit qu’on prévoit d’emprunter la piste qui monte puis descend pour Fierzë.

Quand la route s’arrête à Iballë, c’est l’aventure qui commence. La piste est large mais un peu cahoteuse. Ca nous va très bien, c’est aussi pour ça qu’on est là.

Peu à peu, on trouve notre rythme en montée. On chasse de moins en moins de la roue arrière, et on s’amuse comme des fous en pleine nature.

On bascule au sommet sans avoir vu passer les kilomètres. Dans la descente, chaque virage offre à nos mirettes un nouveau point de vue majestueux. Quel pied ! Mon frein montre quelque signe de faiblesse dans les dernières courbes tant il a chauffé. Il est temps de faire une pause et ça tombe bien, les berges du lac de barrage de Fierzë et ses eaux turquoises sont l’endroit idoine pour pique-niquer.

Le Kosovo nous tend alors les bras. Enfin, presque : il faut d’abord crapahuter jusqu’au sommet d’un long col d’une dizaine de kilomètres à 4%. Roulant quoi. Enfin, pas trop : à notre niveau de fatigue, c’est plutôt le Ventoux qu’on a l’impression d’escalader. Le checkpoint passé, on se relaie sur les faux-plats descendants une dernière heure pour arriver à Gjakovë, notre escale pour la nuit.

Notre hôte pour la soirée nous raconte autour d’un thé l’histoire de la ville, entièrement détruite au cours des conflits ethniques qui ont opposés Serbes et Kosovars. Sa maison, construite au XVIIIème siècle, est l’une des seules à n’avoir pas été démolie par les Serbes. Sa gorge est nouée par l’émotion et la tristesse lorsqu’il nous décrit la beauté de l’ancienne ville qui n’est plus. La nôtre aussi.


La fin très vite…


Retrouvez la trace complète ici : https://www.google.com/maps/d/viewer?mid=1jE3dLthI-c2hn_0MlnLnXAjJ1T-W6Sbh&usp=sharing

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