Run : UTAT… copie à revoir

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Par où commencer… Déjà la genèse de cette histoire, ce serait une bonne chose. Depuis plusieurs années j’entends parler de l’UTAT par mes petits camarades de jeu qui me parlent de cette course. Forcément puisque j’ai fait 2 fois le Marathon des Sables et que je compte bien ne pas rater cette fois la deuxième édition de l’Ultra de la Plage Blanche, il manque juste l’Atlas pour boucler mon expérience du trail à la marocaine !

 

Plusieurs distances s’offrent à moi : le 105 qui me titillera un court instant, le marathon (bon, 42 c’est bien mais pas assez pour aller si loin), le 26 (faut pas pousser mémé) et le 12 (tiens, et pourquoi pas ? 😊). Je me décide pour le challenge qui me semble être un format parfait avec le 42 le samedi et le 26 le dimanche. Cela me fera une mini course en étape et l’occasion d’un bon week-end choc comme le recommande mon cher ami Guillaume Millet, l’electrode man. Même si forcément je m’y rends pour le boulot, j’ai quand même fait un tour d’horizon rapide des inscrits histoire d’être sûre de ne pas me retrouver seule et désespérée avec mon thé à la menthe. Coup de chance, je sais déjà que je vais retrouver Gilles, mon auvergnat tanzanien rencontré à Hawaï et pourvoyeur d’un rhum à la vanille et au café dont je suis totalement devenue accro, Jean-Michel que j’ai rencontré en Laponie et Eric Galéa, le fou furieux qui finit ici sa triplette de la mort qui tue avec un UTMB, un Tor des Géants et le 105 pour décrasser. Je sais par Gilles que je vais en plus faire connaissance de pleins de nouvelles copines très sympas venues courir sous les couleurs de l’association Casiopéa. C’est donc sereine, convaincue que je vais passer un très bon moment, que je prends l’avion. Tôt l’avion… trop tôt… Pour info d’ailleurs, pour ceux que cela pourrait intéresser, l’Ibis d’Orly est dorénavant relié à Orly sud par une passerelle. Avec le forfait hôtel + parking, tu dors sur place et en 3 minutes montre en main tu es à l’aéroport. Parenthèse agence de voyage refermée ! Vol Transavia avec personnel charmant mais pas un thé offert… Arrivée dans le superbe aéroport de Marrakech, immense, très clair, une vraie merveille. Je sais que Gilles arrive dans un vol plus tardif, je m’installe donc chez Paul pour déguster mon premier thé à la menthe et mes petits palmiers (si vous passez par là il faut absolument vous y arrêter). Allez zou, c’est parti pour presque 2h de bus, parcours que je vais effectuer dans le fond, comme les cancres, non pas en chanson mais en faisant connaissance d’un groupe de coureurs vraiment pas tristes, venant de Charente. C’est l’un d’entre eux qui les a embarqués dans le projet, avec pour certains une belle expérience sur route mais pour d’autres une découverte du monde du trail en perspective.

 

L’UTAT en mode cuisine… 

L’entente est telle que nous allons même déjeuner ensemble chez Juju, the cantine du bled. C’est assez surréaliste de se voir proposer une choucroute au fin fond du Maroc, mais l’accueil est parfait. Il est temps de vous présenter un peu l’organisation de la course. Vous avez le choix entre deux modes de logement : un camp avec des tentes de 4 personnes ou le CAF. Rien à voir les filles avec courir au féminin… Il s’agit d’un gite et qui dit gite dit dortoir… Mais Gilles qui était passé par là m’avait conseillé de le choisir pour éviter de me cailler grave. Sincèrement après une première nuit à 14, un ronfleur et mon incapacité à dormir pour cause de pleine lune, j’ai presque regretté la tente… Mais bon au CAF il y a le bar et un peu de wifi pour qui sait être patient, sans oublier des douches chaudes le matin et tièdes l’après-midi, autant dire le luxe absolu ! Pour continuer sur le mode « orga » de la course, sachez que le dossard inclut les dîners et que si vous êtes intolérant au gluten, vegan ou j’en passe, ben vous êtes mort… Tu me diras si vous n’aimez pas les pates trop cuites aussi ! On peut donc manger sur place mais attention, personne ne prend la carte bleue et aucun distributeur dans les parages, il faut donc vraiment être autonome en dirhams pour plusieurs jours.

 
Voilà pour le côté pratique, revenons-en à la course ! Je ne vais pas vous faire un compte-rendu km par km ça n’a que peu d’intérêt. Sachez juste que j’ai décidé de la jouer accompagnatrice comme souvent n’étant absolument pas préparée et que j’ai passé un super moment avec mes petits camarades de jeu. J’ai distribué des compotes et les m&m’s à tout va, fais connaissance avec des libanais du Sénégal qui faisaient leur premier trail et à qui j’ai fait découvrir le bonheur de plonger son buff ou sa casquette dans un torrent frais, fais plus ample connaissance avec Audrey bénévole pour la première fois qui a passé une journée perchée sur un col à bichonner les coureurs… Bref un vrai moment entre amis, qui tenait carrément de la randonnée mais franchement le terrain s’y prêtait. Parce que le plus intéressant dans mon histoire, c’est que je vous parle du parcours et surtout de cette course dont je suis revenue quelque peu… Je ne dirais pas énervée mais presque. Autant j’ai de l’indulgence pour une première édition, autant pour une 9ème j’avoue que je m’attendais à un truc un peu plus carré.

 

 

Ça a commencé assez rapidement avec un souci de balisage qui nous a fait faire au final 50km au lieu de 42 mais comme on dit chez nous « quand on aime on ne compte pas… », sauf que moi je compte, surtout lorsqu’il y a peu de ravitaillements prévus sur le parcours. Après avoir fait demi-tour, nous allons devoir notre salut au serre file qui connait le parcours pour l’avoir fait l’année précédente. Le membre de l’orga que nous avions retrouvé à ce moment là était lui aussi dans le flou et ne semblait pas savoir avec certitude quel chemin prendre entre les 3 possibilités qui s’offraient à nous. Et comble de rigolade, la première marque que nous allons retrouver sera une croix… Seulement chez moi, une croix ça veut dire qu’on fait mauvaise route. Ben pas là, c’est au petit bonheur la chance… un coup la croix veut dire « tu y vas », un coup « nan, c’est pas par-là ». Ce problème de balisage a aussi eu une petite conséquence indirecte, c’est que tous ceux qui n’ont pas fait demi-tour ont gagné de précieuses minutes… Bref… Tout le monde repart, énervé mais vite calmé par une montée en monde « col de la Chaux », expression qui parlera à mes amis ayant un jour traînés leurs pieds du côté de Verbier. Il fait chaud, ça monte quasi sans interruption pendant des km à l’assaut d’un col qui ne semble jamais arriver. Histoire de bien nous motiver nous allons tomber sur un coureur mal en point, entre les mains des secouristes qui va être perfusé. Il a eu la chance dans son malheur de le faire pas loin d’un ami qui avait décidé de nous attendre patiemment pour faire route avec nous. Il a pu aller chercher les secours qui venaient de passer peu de temps avant sur zone. Après sa perf, il sera bon pour faire 12km à pied puisqu’il n’y a pas moyen d’évacuer qui que ce soit de façon rapide et sûre. Alors oui je sais, on prévient les coureurs sur le fait que le parcours dans sa quasi-totalité n’est pas accessible mais soyons honnête, tant que l’on n’est pas concerné par l’info, on a trop souvent tendance à ne pas la prendre en considération à sa juste valeur. Si le parcours ne change pas l’année prochaine, il faut réellement que vous ayez conscience que quoi qu’il vous arrive, il faudra vous débrouiller par vous-même. Entorse, perfusion et j’en passe… Il vous faudra marcher longtemps à moins de faire ça juste à côté du ravito. Une autre histoire pour que tout le monde ait bien compris de quoi on parle : un petit groupe de coureurs a été bloqué à la barrière horaire du 50km sur le 105 a fait le choix d’en rester là. Ils ont stoppé le samedi vers 18h, ils ont passé la nuit sur place juste réchauffés avec leurs couvertures de survie, puis ont du le dimanche matin parcourir 20km qui les séparaient du CP où ils ont attendu le mini bus qui pouvait les ramener au camp, qu’ils ont rejoint à 18h30 dimanche soir.

 


J’avoue que personnellement j’ai eu du mal à me motiver pour repartir sur le 26… Sabine l’amie que j’avais accompagnée pour qu’elle puisse passer dans les temps la ligne d’arrivée, blessée au genou a décidé avec raison d’en rester là. Finalement je suis repartie avec un petit groupe d’amis pour très vite faire un trio avec Sébastien et Méheza qui se remettait de sa CCC. Nous avons passé un moment parfait à discuter, faire plus ample connaissance et rigoler. Aucune pression avec les barrières horaires, ce qui fut plutôt agréable même si là encore il n’y a pas eu d’eau plate au dernier ravitaillement. J’ai une réserve sur ce tracé mais qui est très personnelle. Nous avons traversé de nombreux villages et oui je sais que cela peut paraître paradoxal mais si je préfère courir dans le désert, c’est aussi pour ne rencontrer personne ou par le plus grand des hasards un nomade qui passait par là. Etre confrontée à la misère n’est pas chose facile pour moi, surtout lorsqu’on ne peut rien faire à part sourire et donner 3 bonbons, ce qui n’est pas forcément une bonne idée non plus. Je ne vous demande pas de comprendre, juste d’entendre ce qui relève de mon ressenti.

 
Dernier point et non des moindres, j’avoue avoir moyennement accepté le fait qu’on nous contrôle à l’entrée de la tente des repas, des fois qu’un français se serait déguisé en traileur pour venir profiter gratuitement des pâtes trop cuites alors qu’il n’y avait personne à l’entrée du CAF… Résultat ? Des portables et gps volés que ce soit en train de charger au rez-de-chaussée (pas de prise dans les chambres) ou même dans les chambres. J’ai perdu dans la bataille mon Fénix 5S, un ami a son téléphone, un autre ses vêtements sales de course… C’est dire si rien n’était à l’abri des convoitises. J’avoue que se retrouver à avoir à se méfier de tout le monde est pénible et gâche la fête.
Voilà… Vous l’aurez compris, je n’ai pas été emballée par l’aventure UTAT. Pour moi, surtout en prévision de l’anniversaire de la 10ème édition, il y a de nombreux points à revoir en urgence. Cette course a un potentiel énorme sur le papier, un grand nombre de bénévoles ultra motivés et adorables comme toujours, un terrain de jeu vraiment superbe… Vraiment cette course a tout d’une grande, et j’espère que tout sera fait pour qu’elle le devienne.