Récit : MDS 2011, le premier…

Voilà c’est fini… comme le dit si bien Téléphone… Lorsque j’ai commencé à écrire ce texte, j’étais dans le train en train de rentrer chez moi, mangeant des oréos même pas fondus et buvant une bouteille de taillefine fraiche (ça compte beaucoup pour moi maintenant le frais !). Alors comment par où commencer ? Comment raconter cette aventure faite de sable, de sueur, de larmes, de douleurs et de rires sans passer pour une folle furieuse ? Même si je reconnais aisément avoir basculé dans une légère et douce folie à la recherche de mon moi perdu.

Le marathon des Sables c’est (enfin « c’était » ils ont changé les règles depuis avec une dernière étape qui ne compte plus au général) quoi pour ceux et celles qui ne le sauraient pas, une course de 250 km en 6 étapes dont une longue de 81 km dans le désert du sud marocain fait de dunes, de cailloux, d’étendues à perte de vue où il n’y a pas âme qui vive. Ils étaient plus de 800 participants cette année à prendre le départ de cette nouvelle édition bien décidés à vivre ce qu’on leur promettait sur le papier : une aventure humaine hors norme. Pour ma part, l’histoire est, vous vous en doutez, un peu plus compliquée comme toujours. Ce MDS, j’en ai entendu parler dans la presse classique et je crois me souvenir qu’il s’agissait de Paris Match. A l’époque j’avais juste retenu le mot « marathon » et le mot « désert ». Je me souviens m’être dit que pour courir 42 km sous un soleil de plomb il fallait être fou. Je n’imaginais pas une seule seconde qu’il pouvait y avoir plus de km, d’ailleurs je n’imaginais pas qu’on pouvait aller au-delà du marathon, alors 250 km… Cette course s’était rangée logiquement dans une petite case de mon cerveau, bien à l’abri, attendant que je grandisse et que je découvre que j’étais capable de courir plus de 400 m sans m’écrouler. C’est d’ailleurs étonnant quand j’y pense cette manie que j’ai eu pendant plusieurs années de ranger des trucs comme ça dans un tiroir de ma tête… des trucs de dingue comme un saut en parachute, St Jacques de Compostelle et j’en passe. Une longue liste à la Prévert des trucs à faire avant de mourir si tant est qu’on soit prévenu suffisamment à temps pour pouvoir s’organiser !

 

Dès que j’ai commencé à envisager les choses différemment, et surtout dès que j’ai découvert que j’avais peut-être des capacités physiques que je ne soupçonnais pas, je suis allée replonger dans ce tiroir et la rencontre avec Fabrice a fini par tout bouleverser. Comme il connaît cette histoire je peux me permettre de la raconter. Alors que je commençais à envisager de peut-être un jour aller traîner mes chaussures dans le bac à sable, des coureurs de « courir le monde », une communauté découverte sur le net qui courent un marathon tous les dimanches au lieu d’aller à la messe me parlent d’un fou furieux qui, chaque mois d’avril, consciencieusement sort son sac à dos de son placard, sa balance de sa cuisine et part avec sa pelle et son râteau jouer à faire son plus beau château de sable. Il doit être au marathon du Médoc comme moi, l’occasion rêvée de faire sa connaissance et de discuter pour voir si je dois vite refermer ce foutu tiroir ou le laisser ouvert. J’avais une image très précise du type de coureur qui relève ce type de défi, genre ascète qui ne mange que des dattes ou des graines germées, en allant tous les matins au bureau à 40 km en courant avec son sac chargé de cailloux ou du dernier Larousse. Evidemment, quand j’ai vu débarqué l’animal je suis un peu tombée de haut… Animal parce qu’il était déguisé en vache et qu’une vache de plus d’1m90 de haut ça ne passe pas inaperçu… Ensuite parce qu’il a dû boire une bière et manger toutes les cacahuètes avant que j’ai eu le temps de dire ouf. Quelques minutes plus tard, j’en étais convaincue, un jour j’en serai. Si ce mec qui ressemble à un pilier de rugby avance dans le sable et ne finit même pas derrière les chameaux, je devrais y arriver sacré non de non !

 

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Je voulais ça ! 

 

Quelques aléas de vie plus tard je me suis retrouvée moi aussi avec mon sac à dos, ma balance et mes tableaux excel, grande spécialité luxembourgeoise avec le Kuddelfleck et quasiment tous les matins le même message : « bon alors t’es prête ? Et ton sac il pèse combien ? »… Mais tu vas me lâcher avec mon sac oui ! Je ne sais pas moi combien il pèse le bestiau et de toute façon je l’ai fini dans le train qui m’emmenait à Paris. Vous auriez vu ce bazar que j’ai mis dans l’espace enfant de mon train inter cités comme ils disent à la SNCF. Le contrôleur était un peu inquiet pour sa moquette mais aussi pour mon état mental… Comme de bien entendu, j’ai réalisé qu’il me manquait des trucs genre couteau léger et réchaud pour ma petite tambouille, ce qui a entrainé un sprint au Vieux Campeur. Il me manque toujours des trucs, ça fait partie de mes habitudes d’ailleurs. J’ai beau avoir des listes, j’ai beau aujourd’hui avoir l’habitude, il me manque toujours des trucs. Je crois que le jour où j’arriverai prête sur une course, c’est là que je commencerai à m’inquiéter !

 

Direction Orly et son formidable hôtel Ibis, où je vais retrouver tous pleins de coureurs qui, si j’en crois leur équipement, vont dans la même direction que moi. Je pense sincèrement que certains ont dû dormir avec leur sac sur le dos et les guêtres de sable sur les chaussures… A 5h du matin, fraiche comme la rosée du matin (merci l’anticerne !), direction le petit déjeuner pour retrouver toute la fine équipe luxembourgeoise. J’ai en effet carrément demandé l’asile politique chez eux pour des raisons, au départ, purement pratiques et non fiscales comme on pourrait le penser de prime abord. Je connaissais au moins un des coureurs, enfin vaguement mais un peu plus que les 800 autres. Je n’avais pas envie forcément de me retrouver sous une tente d’inconnus même si j’aime bien rencontrer de nouveaux visages. La vie en collectivité n’est pas toujours évidente, je pense quand se rajoute la fatigue, la souffrance et la promiscuité, alors autant tout mettre de son côté. Et puis pour tout vous dire, en vrai je suis très asociale… Je sais que cela peut surprendre et qu’on ne veut jamais me croire quand je raconte ça mais moi s’il y avait l’option « tente individuelle » sur le MDS je n’hésiterai pas une seule seconde ! C’est vraiment quelque chose de très violent pour moi cette promiscuité forcée avec des inconnus, aussi adorables soient-ils et ça vaut autant pour les hommes que pour les femmes. Je pense que plusieurs années de pensionnat m’ont traumatisé à jamais !

 

Et j’ai aussi eu ça ! 

En attendant, il faut prendre l’avion, prendre le bus pour des heures et des heures de trajet (c’est le côté obscur de cette course…), constater que la chaleur ne sera pas une vue de l’esprit et enfin arriver après une petite balade dans des camions dignes de bétaillères sur le campement. C’est marrant comme les hommes sont galants lorsqu’il s’agit de te pousser dans le camion en te mettant la main aux fesses ! Nous y voilà, nous sommes enfin dans la place, l’impressionnant campement est là qui nous attend. D’un côté les tentes noires des coureurs en cercle, de l’autre les tentes blanches de l’organisation. Ce sera pour moi la tente 60 avec une particularité de taille : 4 femmes pour 3 hommes ! Sans le vouloir ni le programmer, je me suis miraculeusement retrouvée dans la tente sûrement la plus féminine de toute l’histoire du marathon des Sables. Et 4 blondes en plus ! Nous avons donc : Bénédicte, Natacha, Francine qui connaît bien la course elle aussi et moi-même. Question hommes il en fallait des exceptionnels pour tenir le choc toute la semaine et nous avons donc : Eric, époux de Natacha, Antonio dit Tun et Fabrice. Tout de suite, je suis mise dans le bain et je comprends qu’avant de peut-être pleurer de souffrance et de fatigue, je vais surtout pleurer de rire. Ils ne vont pas me laisser une minute de répit et je crois avoir fait la plus belle cure de bonne humeur contagieuse pendant cette semaine. Petit diner plus que correct en plein désert, ambiance cantine de pensionnat, le plateau, les couverts en plastique qui s’envolent, avec le pain local pour saucer,
Mais déjà, il faut dormir et très vite je comprends que cela va devenir ma faiblesse. Pour des questions de poids, je n’ai pas de tapis et de toute façon comme toute bonne mamy que je suis devenue, je ne dors bien que dans mon lit. Et surtout j’ai froid… Très froid… Je ne peux rien faire pour ça puisque je n’ai pas pris de tenue réellement chaude, ni même de caleçon long qui aurait pu me réchauffer un peu. Sans parler du fait que j’ai voulu faire l’économie d’un vrai bon duvet à température de confort prévue pour ce type de nuit. Celui que j’ai amené avec moi avait certes fait la Trans’aq avec succès mais l’Aquitaine en juin, ce n’est pas le désert marocain en avril… Cette bêtise, je vais la payer cher puisque je n’aurais jamais une nuit complète de sommeil réparateur, ce qui avec le type d’effort que je me prépare à faire est une très mais alors très mauvaise idée. Première nuit et je découvre cette ambiance décalée qui fait que tout le monde se couche avec le soleil et se lève spontanément avec ses premiers rayons. Ah ça il n’y a pas la télé, prendre un livre à lire n’était pas envisageable (les liseuses ne sont pas encore arrivées sur les ultras !), alors du coup, on se couche avec les poules.

 

Petites nouveautés sur le campement et non des moindres, surtout pour les vieux briscards du MDS qui tous les ans prennent leur quartier de printemps sous une tente noire : des cabines réservées aux femmes pour pouvoir se rincer à l’abri des regards masculins. N’allez pas croire que ce soit à la demande des femmes ! C’est une décision de l’organisation suite à des douches « exhibition » un peu trop difficiles à encaisser pour des hommes après 5 jours dans le désert… Sans parler du fait que des personnes venant du monde entier avec leur tradition et leur mode de vie se retrouvent ensemble avec tout ce que cela implique. Mais ce qui va occuper une bonne partie des conversations des premiers jours ce sont surtout des toilettes de brousse qui fonctionnent avec des sacs biodégradables. Je vous laisse imaginer le niveau des blagues que cette nouveauté va engendrer. Pour moi, elles ont un avantage énorme : éviter les km à parcourir après la course pour trouver un buisson suffisamment important pour me protéger du regard des autres. Et le sac à caca est parfait pour ranger sa gamelle noircie par le feu sans salir ses petites affaires.

 

J – 1 : contrôle des sacs et du dossier médical. A partir de ce moment-là, les dés sont jetés, vous ne pouvez plus faire machine arrière, il faudra faire avec ce que vous avez gardé puisque après qu’on ait contrôlé votre sac, vous ait remis votre dossard, vous laissez votre valise aux bons soins du staff qui se chargera de le ramener à Ouarzazate. N’espérez donc pas venir pleurer le soir pour récupérer un truc dans votre sac, ce sera peine perdue. L’après-midi se déroule tranquillement avec l’atelier « emballons-nous les pieds d’hépafix »… Saine activité qui consiste à s’emballer les doigts de pied et toute zone susceptible de souffrir pendant la course pour limiter l’apparition d’ampoules. Parait que ça marche… ou pas… C’est vous qui voyez ! Mais c’est vrai que cela donne une ambiance toute particulière, comme une veille de combat du côté des indiens où les peintures de guerre sont censés donner force et courage. Quand on sait comment certains finiront la semaine, on se dit que tout cela tient plutôt du placebo qu’autre chose mais bon, on peut le comprendre. On sent aussi le stress qui monte, l’inquiétude se lit parfois sur certains visages, inquiétude d’hommes et de femmes qui ne savent pas ce qu’ils vont vivre exactement dans les jours qui vont arriver.

Pour ma part, comme de bien entendu, je me révèle assez pathétique dans la maîtrise de l’ailette et c’est Fabrice qui va jouer à tenter d’emballer mes petits doigts de pied crochus, écrabouillés en pleine croissance par le seul sport que j’ai pratiqué en dilettante, à savoir la danse classique. Il n’a pas été sensible à ma demande d’en profiter pour me poser du vernis tant qu’il y était à avoir le nez si prêt de mes pieds… Le service n’est pas du tout à la hauteur de mes espérances, mais bon je sens qu’il va falloir que je fasse avec. Le dîner est encore fourni par l’organisation, on jouera à la dinette le lendemain seulement et c’est bien suffisant pour moi. Re dodo et re mauvaise nuit à grelotter. J’en ai déjà marre… j’ai déjà mal partout… Rappelez-moi pourquoi je suis là parce que j’ai déjà oublié !

 

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Heureusement il y a les copains et c’est ça le plus important dans l’aventure qui paradoxalement est assez collective si l’on y pense. Que je vous présente plus en détail la petite bande avec comme il se doit honneur aux femmes (par ordre alphabétique pour ne vexer personne).

Les gazelles !

Bénédicte : c’est « la » sérieuse de la bande ! Attention les enfants on ne rigole pas ! D’ailleurs même Mohamad Ahansal, grand gagnant des éditions précédentes a dû s’incliner et reconnaître devant les caméras qu’elle avait tout bon. Tout en gardant toujours le sourire, elle a une force dans le regard que je lui envie à un point qu’elle ne peut pas imaginer. On sent immédiatement un vrai mental qui force l’admiration. Et comme en plus elle n’a pas renoncé aux échantillons de crème hydratante ou anti rides qu’elle partage avec moi, je l’adore ! Quand je pense qu’elle est devenue une ironwoman peu de temps après, je ne suis pas surprise pour un sou.

Francine : C’est l’expérimentée de notre groupe puisque, comme Fabrice, elle a pris un abonnement sur le MDS. Ils sont mignons comme tout d’ailleurs tous les 2 avec leur petite organisation que l’on sent bien rodée après plusieurs périples dans le désert. Francine fait de la randonnée uniquement comme cela est permis sur cette course mais à une vitesse et une régularité telle qu’elle finit souvent avant les coureurs.

Natacha : notre Pocahontas blonde ! Elle est là avec son mari et je dois bien reconnaître que je les envie tous les 2. Elle avance avec une régularité de métronome sans jamais se plaindre et elle aussi elle ne court pas. Elle est là parce que son mari lui a dit « tiens je nous ai inscrit au MDS, tu vas voir c’est sympa ». Je crois qu’elle aurait préféré le club med mais bon, elle le suivrait partout son homme alors pourquoi pas faire 250 km dans le désert avec un sac sur le dos. Bon ok j’avoue je suis super jalouse d’elle parce qu’elle a des jambes de folie et qu’elle danse super bien.

 

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Nos hommes : ah nos hommes… Dans le genre brochette de choix, c’était couscous royal tous les jours !

Antonio : le portugais d’origine, le mâle par excellence qui a su me faire rire aux larmes et trouver les mots quand je paniquais totalement après la 3ème étape. Bon, par contre, il tient très mal le stilnox…

Eric : le mari de Natacha, le sacré petit veinard tiens ! Un des hommes les plus drôles que j’ai rencontrés à ce jour et un vrai castor junior à lui tout seul. Je n’ai jamais fait de feu de la semaine, je ne suis jamais allée chercher une bouteille d’eau… Bref le mec à toujours emmener avec soi pour ce type de périple et qui ferait un malheur à Koh Lanta !

Fabrice : le responsable de toute cette aventure. C’est le roi du strap, du pansement qui fait du bien, celui qui a veillé sur moi pendant toute cette aventure, et qui m’a fait de biens belles frayeurs… Mais ça vous le découvrirez plus tard !

 

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Nous nous sommes retrouvés à faire la course tous les 2 sans que les choses soient réellement dites à l’avance. A aucun moment nous nous sommes dit « nous allons rester coûte que coûte ensemble quoiqu’il arrive ». C’est venu comme ça naturellement, genre on prend le départ le premier jour tous ensemble, on entame une conversation qui va nous mener sur la ligne d’arrivée tout naturellement. Nous avons pris alors un malin plaisir à poser le pied en même temps sur le tapis de passage pour avoir exactement le même chrono. C’est un avantage pour moi puisqu’il connaît la course comme sa poche et me sert aussi de guide pendant les étapes. Tiens d’ailleurs on fait quoi pendant 54h de course ? On avance, on boit, on mange, on souffre, on a chaud… On discute de tout et de rien, parlant de nos vies, de pâtisseries… C’est fou ce qu’on peut penser à la nourriture quand on ne mange plus que du lyophilisé ! Mais nous passons aussi de longs moments sans parler, plongés dans nos pensées ou dans notre musique pour moi, à vagabonder, ou alors pour ce qui me concerne d’ailleurs à ne penser à rien du tout, juste se laisser porter par la course, les événements quand ils arrivent. C’est tout compte fait très reposant comme situation. C’est assez marrant d’ailleurs parce que je lis souvent dans les récits de mes petits camarades de jeu qu’ils pensent beaucoup pendant ce type de course alors que moi c’est tout l’inverse. De toute façon lorsque je me mets à penser, ça part généralement en cacahuète… Je ne suis jamais aussi bonne que lorsque je débranche totalement pour ne penser qu’à une seule chose : la douche à l’arrivée ! Parce que même en plein désert, même avec de l’eau rationnée, chaque jour que Dieu (enfin Patrick Bauer dans ce cas précis) fait, je me lave !

 

Les deux premiers jours, on apprend les codes de cette course, on apprend à préparer sa carte de pointage pour ne pas perdre de temps. On apprend à boire plus souvent qu’on ne le fait d’habitude. On comprend vite qu’il y aura du sable mais pas que et que les cailloux seront tout aussi pénibles à gérer que les dunes. On s’amuse de voir les coureurs s’élancer guêtres au vent en courant comme des purs sangs arabes devant les caméras de l’hélicoptère pour les voir freiner immédiatement dès que celui-ci disparaît… On comprend vite que tout cela tient plus de la randonnée active à part pour les premiers du peloton évidemment. Il y a vraiment un décalage encore plus flagrant entre la tête de course et le ventre mou que nous sommes. Lorsqu’on arrive au camp certains ont eu le temps de manger deux fois, de faire la sieste, de ramasser assez de bois autour du camp pour faire un méchoui tous les soirs. Certains ont eu le temps de se faire soigner avant qu’il y ait l’émeute à l’entrée de l’hôpital de campagne installé chaque soir à l’entrée du camp. C’est assez marrant d’ailleurs de voir le nombre de coureurs qui s’y précipitent à la première petite ampoule… On voit qu’ils n’ont pas l’habitude comme nous les femmes de faire des escarpins neufs ou des sandales au printemps qui immanquablement nous cisailleront la peau fragile et fine de nos petits petons… Et j’ai aussi parfois le sentiment que puisqu’ils sont payés pour les soins, ils en veulent. C’est all included et ce serait dommage de ne pas en profiter, alors qu’un petit trou fait par une aiguille du kit de couture piqué à l’hôtel suffit souvent à régler le problème. Il y a les couches tôt, les lèves tard… choc des cultures entre des coureurs venant vraiment du monde entier, choc des religions où pendant 7 jours, on fait la paix, tout le monde n’est plus rapidement qu’un truc sablonneux qui souffre… On devrait envoyer nos dirigeants politiques au MDS, un petit séjour sous la tente résoudrait pleins de conflits !

 

Sous notre tente, la vie s’organise tranquillement mais surement. Les garçons sont aux petits soins. C’est ambiance préhistorique… Les garçons font le feu, et comble de joie sont même de corvée d’eau. Tun et Bénédicte font leur course devant jouant au concours de celui qui arrivera le plus vite. Natacha est la déesse blonde du groupe, marchant avec ses batons et son harem qui la suit religieusement et pas seulement parce qu’elle partage ses bonbons haribo planqués dans son ventral. Eric a mis en place une tactique infaillible : il part le dernier et remonte tout le monde… Avec son look improbable, son bob, son tee-shirt en coton décoloré et son short de plage, dire qu’il énerve tout le monde est très en dessous de la réalité ! Et notre Francine même si elle arrive tous les soirs dernière gère ça comme l’habituée qu’elle est. Nous apprenons à vivre avec le vent de sable qui est un enfer pour moi. Il s’immisce partout et c’est très pénible surtout le matin lorsqu’ils ont enlevé les tentes. Comme je m’amusais à le dire, le sable serait calorique, j’aurais pris 10kg sur cette foutue course ! Bon maintenant se plaindre qu’il y ait du sable sur le marathon des Sables serait un peu mal venu…

 

Jour 3 : allo Houston on a un problème…

J’aurais dû me douter que l’ambiance « la croisière sablonneuse s’amuse » n’allait pas durer. Ok j’en bavais mais nous avancions tranquillement même si l’idée d’une journée de plus de tempête de sable me donnait des hauts le cœur. Heureusement le soleil est enfin de la partie et le sable sera sagement rangé en dunes si photogéniques à regarder et si pénibles à escalader. J’applique d’ailleurs la tactique de l’escalier que je recommande à tout le monde : en gros je me colle derrière Fabrice et je reste dans ses empreintes. D’ailleurs je disais souvent en rigolant que pour moi le marathon des sables se résume à une paire de guêtres bleus, un sac à dos, un dossard 350 et un cuissard noir… Tout se déroule plutôt correctement, enfin en tout cas dans mes souvenirs jusqu’à un passage montagneux, bien caillouteux où je retrouve mes repères. Je passe devant et c’est parti pour la grimpette. C’est idiot à dire mais je m’éclate enfin dans ce passage. Des cailloux enfin…

Petit souci : Fabrice est derrière et n’a pas l’air de suivre la cadence. Je sais pour l’avoir « pratiqué » sur la première sortie de notre duo que ce type de relief est d’ordinaire le cadet de ses soucis. Je l’attends en haut et je découvre un visage crispé qui arrive. Sur le moment je pense même qu’il est vexé que je sois passée devant lui mais je passe outre et nous attaquons la descente. Là je comprends vite qu’il n’y avait rien de personnel dans sa crispation, il souffre et ce n’est que le début. Un nouveau passage dans les dunes et pour la première fois et d’ailleurs la seule de cette course, je vais être plus à l’aise que lui. Je tente d’occuper son esprit en lui racontant un maximum de bêtises dont j’ai parfois le secret mais rien n’y fait. C’est lors des 2 derniers km de plat, roulants à souhait que nous allons basculer dans quelque chose de très difficile à vivre pour moi. Il avance, nous sommes 2 et je n’ai jamais été aussi seule… Nous retrouvons Natacha qui nous a rattrapés et qui comprend que quelque chose ne va pas. Je la rassure en lui disant que de toute façon je reste avec lui jusqu’au bout et elle file vers l’arrivée prévenir tout le monde. Etre impuissante face à une douleur pareille est très perturbant pour moi, je ne sais pas quoi faire, je me tais le plus possible et si je parle c’est très doucement comme je le fais avec mes propres enfants. Enfin cette foutue ligne d’arrivée est là et Fabrice, tel Jean Paul II découvrant un nouveau pays, s’agenouille sur le sol. Au début je pense que c’est une façon pour lui d’exprimer sa joie d’être enfin arrivé mais lorsque je comprends qu’il ne se relève pas, je commence à paniquer totalement. Je finis après plusieurs longues secondes de négociations à l’emmener sur le côté et le membre de l’organisation présent sur la ligne appelle les docs à la rescousse. Je tente de lui faire enlever son sac, de lui parler, mais rien, aucune réponse, aucune réaction de sa part. Le visage est figé dans la douleur, je suis totalement impuissante. Enfin arrive Sophie qui va devenir ma nouvelle meilleure amie pour la soirée à venir. A nous deux, nous arrivons à lui détacher son sac et au bout de quelques minutes il peut enfin se lever pour nous accompagner à l’hôpital de campagne situé juste à côté. Petit coup de gueule en passant : aucun coureur présent ne s’est proposé pour nous aider, c’est donc appuyé sur deux femmes dont une qui porte sa lourde mallette de médecin urgentiste et l’autre qui porte les 2 sacs à dos que Fabrice va rejoindre la salle de soins. Je suis tellement sidérée devant cette attitude que je n’ai même pas la force d’exprimer mon désarroi et ma colère face à cette attitude. On l’allonge sur un lit de camp et au bout de quelques secondes les convulsions vont commencer. Et un gabarit comme le sien qui convulse je peux vous garantir que c’est impressionnant. Tout se bouscule dans ma tête : va-t-il pouvoir continuer ? N’a-t-il pas été trop loin ? Ce que je craignais le plus est en train de se passer et je suis terrorisée à l’idée des conséquences. Je suis venue là pour le courir avec lui ce foutu MDS, pas pour finir seule avec lui rapatrié sanitaire. Je me sens coupable d’avoir entrainé Fabrice dans cette folie alors qu’il doit avant tout penser à sa santé. Puisque ce n’est pas un mystère, il a souffert l’année précédente d’un cancer du rein qui a nécessité l’ablation de de celui-ci. Sincèrement je me suis toujours demandée comment les médecins avaient pu signer son certificat d’aptitude mais il sait être très persuasif, trop surement aux vues des conséquences que pourraient avoir une récidive. Mais voilà, il s’est accroché à l’idée de repartir un jour dans la dune lorsqu’il était à l’hôpital, ce que je peux aisément comprendre. C’est un adulte qui ne sait surement pas ce qu’il fait mais je ne suis pas sa mère, même si là je me retrouve à gérer quelque chose qui après tout ne relève pas de ma juridiction…
Sophie me dit que si dans quelques minutes elle n’a toujours pas rétabli un contact correct, elle perfuse. De toute façon si elle ne le fait pas elle-même je me sens capable de le faire, tout pour qu’enfin cela s’arrête. Je l’aide à la poser en tenant Fabrice qui n’est pas d’un calme absolu, je lui parle tout en n’étant même pas sûre qu’il comprenne vraiment d’ailleurs et j’attends (il m’a confié plus tard qu’il se souvenait de tout). Je finis par me résoudre à retourner à la tente pour me changer et je le laisse aux bons soins de Sophie. En route vers ma tente, je tombe sur Tun (le petit nom d’Antonio) qui vient aux nouvelles et c’est une blonde en larmes qu’il trouve à la place. J’ai besoin de faire retomber la pression, je craque nerveusement… 3 jours de sommeil très léger, quelques kms dans les dunes ont eu raison de ma force morale. Aussitôt il prend les choses en mains, me soulage de mon sac, mes bouteilles et m’emmène à la tente. Je vais reprendre visage humain avant de repartir vers la tente pour avoir des nouvelles fraiches. Sophie doit faire une échographie du rein et je veux être là pour avoir les résultats tout de suite. Alors que j’ai la chance inouïe de pouvoir admirer sa vessie sur l’écran (c’est beau une vessie la nuit…) je lui chuchote à l’oreille « mince alors, on est mal, il va falloir changer de voiture, ce sont des jumeaux » et là enfin j’ai le droit à un sourire ! Alléluia il est revenu ! Dès ce moment-là, je sais que ça va aller et je vais pouvoir souffler un peu. Pendant que je fais mes allers retours, je découvre la chance inouïe que j’ai de partager la tente 60. Tout le monde est aux petits soins pour moi, Eric a pris l’initiative de commencer à me préparer à manger mais aussi de préparer le repas de Fabrice puisque le seul objectif est de le faire sortir à tout prix le soir même. Une nuit à l’hôpital et c’est le MDS qui s’arrête pour lui.

 

21h30 : c’est bon, ils le libèrent ! Le traitement a fonctionné, nous savons que ce n’est pas gagné mais on sait que le rein fonctionne bien. Le problème est musculaire et un dommage collatéral de l’opération chirurgicale. C’est fou, je crois que je n’ai jamais été aussi heureuse de rentrer sous cette foutue tente. J’ai pris le temps d’user des avantages de statut de journaliste pour envoyer un message à mon mari qui mettait en ligne mes textes quotidiennement sur le site Courir au féminin pour qu’il rassure indirectement la famille de Fabrice. Imaginez un peu… Tout ce qu’ils ont vu, c’est un homme qui s’écroule sur la ligne d’arrivée et qui ne se relève plus. Je me mets deux secondes à leur place… Je crois que je serai déjà à Orly ! Maudite web cam tiens… La technique ça a du bon mais parfois je me dis que rester dans le doute pendant 5 jours n’est pas plus mal non plus.

 

 

Etape 4 : l’étape longue… très longue…

Je suis une vraie boule de nerfs et là j’ai plus besoin d’une barrette de lexomil en rail direct dans la narine qu’autre chose. L’idée de partir pour plus de 80km avec Fabrice qui il n’y a que quelques heures avait une perfusion dans le bras me panique totalement. Même s’il se veut rassurant, je n’arrive pas à oublier les images de la veille. Pourtant nous allons la finir cette foutue étape. Nous sommes déjà d’accord sur le principe de ne pas dormir pour profiter au maximum de la fraîcheur de la nuit. Je veux, j’ai besoin de ma journée du jeudi pour récupérer. Je sais aussi que la nuit m’est plutôt favorable. Et bien entendu, comme il se doit, rien ne va se passer comme prévu puisque ce n’est pas Fabrice qui va avoir des faiblesses mais moi. Coup de chaud, ampoules, je vais tout lui faire… Mais je n’oublierais pas mon grand malade pour autant et nous vivrons des scènes inoubliables avec moi assise sous la tente des docs refusant de repartir tant qu’il n’avait pas fait pipi ! Parce que ma mission du jour est tout de même de ramener son rein au campement et de préférence en bon état de marche.
Malgré tous nos maux et nos mots, nous progressons coûte que coûte comme si nous avions besoin de prouver à l’autre que nous allions y arriver. Pendant la nuit nous allons passer un long moment avec Philippe qui court pour les Papillons de Charcot, un homme extraordinaire de volonté qui avance avec une cheville sacrément abîmée. Je ne comprends même pas comment on peut faire ça… Ce type d’épreuve révèle des personnalités et je peux vous dire que la sienne force le respect. Nous le perdons dans la nuit à un moment où Fabrice souffre de nouveau. A partir du CP 5, soit à peu près 20 km de l’arrivée, nous allons vivre une folle épopée : il faut finir, je veux finir. Je préviens Fabrice que je vais me brancher sur ma musique pour m’isoler et arrêter de penser, il fait de même. Nous allons basculer sur une marche rapide totalement folle avec des temps de passages totalement surréalistes pour l’escargot tout sec que je suis devenue. CP 6 : ravito digne d’un marathon, je ne remplis même pas mes gourdes, j’avale juste un quart de litre d’eau et je ne ralentis pas. Fabrice a tout juste le temps de saluer des copains qu’il doit s’élancer pour me rattraper. Les 3 derniers km n’en finissent pas… Ce foutu laser vert qui indique le campement s’éloigne au fur et à mesure que je me rapproche… Et je me mets à saigner du nez en plus ! Je ne vais pas finir avec 2 mèches dans le nez quand même ? Nous passons enfin la ligne avant 5 h du matin comme prévu. Heureuse surprise : le thé chaud est encore servi, mauvaise surprise, la tente 60 est loin, très loin et la prochaine fois moi je demande l’asile politique chez les pompiers tente 1 et 2… Je peux souffler, je peux m’écrouler sur mon sac de couchage, on oublie la douche, j’ai juste envie de dormir, enfin fermer les yeux. Nous avons réussi, c’est bête à dire mais maintenant je sais que nous passerons la ligne d’arrivée samedi midi, plus rien ne peut nous arriver, nous l’avons fait.

 

 

On s’occupe comme on peut, y a pas la télé…

La joie sera de courte durée puisque nous perdons cette nuit-là Francine qui sera rapatriée sur Ouarzazate avant de rentrer au Luxembourg. Même si nous apprenons vite que ses constantes sont bonnes et qu’il y a eu plus de peur que de mal, c’est étrange de savoir que nous ne fêterons pas tous les 7 notre MDS. Nous savons tous que c’est le risque à prendre mais face à la réalité c’est une autre histoire.

Le jour off est un jour très particulier sur le MDS. Oh coureur suspend ton vol… Nous sommes là à faire le grand ménage comme si le Général Bauer allait inspecter le campement. Certains coureurs ne sont pas encore arrivés, ayant fait le choix ou pas de passer la nuit dans le désert pour finir le matin à la fraîche. C’est l’émeute à l’hôpital de campagne, où tout le monde se bouscule pour faire soigner ses bobos. On rassure les proches en envoyant un petit mail. On fait la tournée des popotes allant de tente en tente pour faire passer le temps. Début d’après-midi on dort de nouveau histoire de reprendre des forces puisque le lendemain, blague à part il y a quand même un marathon. On découvre les joies de la machine à laver berbère qui permet de rincer à défaut de laver son tee-shirt. On n’a rien à faire et pourtant la journée passe vite, trop vite.

Surtout que je vais vivre l’enfer pendant ce foutu marathon et que si j’avais su, j’aurai pas venu ! Pourtant tout avait bien commencé même si je partais avec un handicap sévère : 2 ampoules sous cutanées super mal placées. Fabrice avec sa dextérité habituelle et sa passion étrange des pieds tous pourris, avait tout bien emballé mais cela n’a pas suffi. J’ai vite compris que son attention toute particulière ce matin-là pour mes pieds cachait quelque chose ! Et bien cela cachait une forme hors norme de mon camarade de course et c’est donc en courant que nous avons rejoint le CP 1. Le problème c’est que tout cela n’a pas duré… J’ai fait une hypoglycémie d’un fort beau gabarit comme dirait Pierre Fulla ! Et le soleil a achevé de me cuire. Petit retour en arrière : pauvre petit scarabée débutant dans le monde de l’ultra sablonneux, je n’ai pas fait attention sur la composition de mon petit déjeuner ce matin-là. J’avais de façon forte intelligente prévue un muesli bien complet et bien calorique, oubliant totalement qu’il y avait du lait dedans… Il a suffi que j’ouvre le sachet pour comprendre que ça ne passerait pas. J’ai deux soucis question alimentation : je suis intolérante au lactose depuis toute petite, et allergique à la banane. Et on peut dire aussi que je supporte très mal l’avoine mais comme le disait si bien mon père médecin nutritionniste « on s’en fout, t’es pas un cheval »… Certes… Du coup, mon petit déjeuner est parti à la poubelle et je suis partie avec dans le ventre le seul truc qui j’avais en stock à savoir une pauvre compote, autant dire a jeun. Comment dire ? Ça n’a pas vraiment suffi, surtout avec les conditions de course que nous avons eue ! Pour vous donner une idée de la douce rigolade, nous sommes montés à 50°… Après avoir titubé un moment en plein soleil, refusant formellement de m’arrêter tout en commençant à pleurer, mon esprit plus très lucide voulait absolument aller au prochain CP où je pourrais manger. Mon esprit plus du tout lucide occultait totalement que la nourriture, je me la trimbalais sur le dos !

 
Fabrice a fini par prendre les choses en mains, à savoir m’attraper le bras pour me traîner de force à l’ombre d’un arbre. Vu mon état impossible de toute façon de résister, il est trop costaud pour moi ! Je pose mon sac et c’est parti pour les sanglots longs de l’automne avec le refrain classique que l’on reprend tous en cœur : « laisse-moi mourir ici en paix toute seule et vas-t-en ! ». Mais le franco-luxembourgeois est sournois ! Il m’a filé une barre protéinée à la cacahuète et au chocolat fondu en me disant : « mange ça et tais toi ». Vous avez déjà essayé de sangloter tout en mangeant une barre collante à souhait ? Je peux vous confirmer que ce n’est pas possible. Alors du coup j’ai arrêté de pleurer et nous sommes repartis. J’ai clairement agonisé jusqu’au CP2 où nous avons refait une vraie pause. Ensuite CP3 sous un soleil de plomb avec un temps qui ne veut strictement plus rien dire d’ailleurs et qui finissait même par nous faire rire. Même mon lecteur MP3 sur les oreilles n’était d’aucune utilité. Comme le dit si bien Fabrice, la douleur est une information. Et bien croyez-moi sur parole j’ai été sacrément informé aujourd’hui, j’avais CNN en direct live dans les pieds ! Au CP3 nous sommes tombés sur la gentille médecin qui connait bien mon compagnon d’infortune (tu me diras il les connait toutes…) et qui a pris les choses en main. Elle me donne un cachet contre la douleur pour au moins finir cette foutue étape un peu plus lucide. Certes, ça a un peu marché, atténuant tout de même pas mal chacun de mes pas sans pour autant de me faire voler. Et les effets secondaires sont terribles puisque j’ai les jambes cotonneuses, je flotte et je déteste cet état bizarre. Nous décidons donc de gérer ça tranquille parce que là le moindre caillou sournois peut être synonyme de chute pour moi et il est hors de question que je me foule une cheville si près du but !
Alors voilà nous avons fini, Fabrice, tout comme moi, avons fait le marathon le plus long de notre vie mais nous nous en foutons grave comme on dit chez les jeunes. Sincèrement tout ce qui compte pour moi c’est de pouvoir prendre le départ de la course le lendemain pour en finir une bonne fois pour toute. Demain je finis enfin ce foutu marathon des Sables qui est vraiment une sacrée aventure.

J’avoue que maintenant encore ce que j’ai vécu là-bas me perturbe toujours un peu, même maintenant. Nous n’étions pas les derniers, loin s’en faut et voir ces coureurs autour de moi avancer CP après CP sans trop savoir pourquoi d’ailleurs reste un spectacle qui laisse perplexe. Nous sommes là à continuer, forçats du sable et du soleil. Je crois que personne ne peut imaginer ce que ces coureurs ont traversé s’il n’a pas lui-même vécu l’expérience. C’est assez bouleversant à voir et cela engendre de grands débats avec mon compagnon de route. Mais pourquoi, pourquoi nous nous imposons ce genre de chose ? Ce n’est pas mon premier, ce ne sera pas mon dernier et je n’ai toujours pas la réponse à la question. Samedi matin alors que partent les 50 derniers sous les encouragements des autres coureurs qui partiront un peu plus tard. Je vais repleurer un bon coup parce que cela faisait longtemps que cela ne m’était pas arriver… C’est fou, dès que je suis portée à une température extérieure de plus de 40°C je pleure au moindre truc, ça en devient totalement ridicule à la fin ! Je me suis toujours dit que jamais je ne me mettrais dans cet état mais après tout, il y a peu j’étais une loque dans le désert refusant de m’arrêter, titubant plus que marchant. Qui suis-je alors pour juger ce comportement, cet entêtement qui nous habite tous ? Comment notre société actuelle a pu engendrer ce type de comportement excessif même si, après tout, les pèlerins de Saint Jacques traversant la France entière ne devaient pas avoir meilleure allure que nous. Enfin bref ce n’est pas tout ça mais nous avons 17km à faire et bien entendu je vais trouver le moyen d’animer un peu ce qui aurait dû rester une formalité en perdant mon transpondeur. Heureusement il sera retrouvé rapidement mais Fabrice se fera de nouveau mal en accélérant pour me rattraper puisqu’il avait décidé de l’attendre pendant que je continuais ma route. Je m’en veux, mais je m’en veux… C’est en silence que nous allons finir l’un à côté de l’autre, ce qui est assez étonnant en fait comme final. Enfin la ligne est là, enfin la médaille est là autour de notre cou et comme prévu dès le départ nous l’échangeons. Son marathon des sables a été mon marathon et vice versa, cet échange était une façon de concrétiser tout cela officiellement.

 

Conclusion : bonne question tiens… A ce jour je n’en ai toujours pas. Comme souvent après ce type d’expérience il faut un certain temps pour digérer toutes les émotions ressenties et l’atterrissage doit se négocier en douceur pour limiter les turbulences. Avec le recul, je crois que je recherche dans ces expériences des moments à moi seule, des moments où je redeviens moi-même. Pour la native du signe du cancer que je suis, je profite de ces courses extrêmes pour accomplir ma mue. Je laisse tomber la carapace et pendant quelques jours et je suis à nue psychologiquement parlant, avec les conséquences positives et négatives que ce type d’état peuvent engendrer. Mais je crois sincèrement que cela fait du bien, en tout cas pour moi c’est devenu indispensable à mon équilibre. Question purement course à pied, j’ai appris pas mal de choses qui me serviront forcément pour les prochaines puisque jusqu’à ce jour aucune de ces expériences extrêmes ne m’ont fait renoncer à mes petits délires. J’ai rencontré des gens merveilleux que je vais avoir l’occasion de revoir vite et ça, c’est juste le bonheur.