Récit : Oman (épisode 2, suite et fin)

Episode 2

 

Troisième jour, on est reparti ! J’ai enfin compris un truc la veille au soir en discutant avec les autres coureurs, les balises en haut des dunes sont là pour nous donner une direction, une orientation mais il n’y a rien à poinçonner, ce n’est pas de la CO ! Alors ce n’est pas la peine de grimper tout là-haut, il suffit de rester en bas et de surveiller la suivante (hein Soufiane… on regarde où est la prochaine balise, on ne suit pas aveuglément les miroirs aux alouettes !). Bon ne rêvons pas, ça ne rend pas non plus le parcours hyper roulant façon marathon de Berlin… Mais disons que ça me permet de garder un peu mes forces. Ce qui est fou c’est que nous ne bénéficions pas du tout de la fraicheur matinale. Tu as fait 5 bornes, tu es trempée, rincée façon serpillère, ta tenue pourrait avoir été tricoté par Anémone pour noël. Km après km je trace ma route mais franchement j’en ai marre. Je pense trop et quand je pense, ben je n’avance plus. Mes chaussures sont pleines de sable, je dois m’arrêter régulièrement pour les vider. Je suis plutôt avec les marcheurs que les coureurs et j’ai toujours dans mes pattes une coureuse espagnole adorable mais qui me fout le bourdon. Elle marche avec ses bâtons genre métronome et la voir là qui ne souffre pas tout en avançant régulièrement me gonfle, mais alors me gonfle…. Elle carbure à la sangria ou quoi ? Elle a trouvé de la tortilla lyophilisée pour le petit déjeuner ? Quoi ? J’ai faim, il fait chaud, je suis fatiguée, j’ai le droit de sortir tous les clichés ! Ok c’est minable mais ça soulage.

 

Ça tourne encore et encore dans ma tête jusqu’à ce qu’enfin je me réveille. Nan mais sans déconner bichette, tu es dans le désert, dans un endroit incroyable que tu adores et t’es là en train de faire ta pleurnicheuse ? Eh oh, t’étais pas obligée de venir saperlipopette ! Alors tu arrêtes tes conneries et tu te ressaisis deux minutes parce que là même moi tu me fatigues, je m’auto-gonfle, ce qui est normal sur une course en autonomie vous me direz. Aux grands mots les grands moyens. J’arrive à un CP et il va falloir commencer à se bouger la jupette parce que là franchement c’est du grand n’importe quoi. J’avale 2 gels GU (je vous jure mais bon faut la dose), je fais le plein de flotte et je fous les écouteurs. Il est grand temps de sortir Taylor de sa dune et de se shaker le popotin parce que ok c’est joli mais t’es pas d’ici ma belle. Je commence par repartir en mode marche rapide et minute après minute, le rythme revient. Je cours quand je peux, et surtout je commence à doubler. Ah ah l’espingouine, tu fais moins ta maline avec tes deux banderilles hein ? Minute après minute, je remonte encore et encore raisonnant uniquement en féminine à doubler. Tiens la grande british, je vais me la faire… Ah ah ça te fait tout drôle d’être laissée sur place par la bouffeuse de grenouilles hein ? Je venge Napoléon sans lui laisser la moindre chance. Elle tente d’accrocher mais jette l’éponge au bout de 5 minutes. Quoi ? Je ne pouvais pas non plus deviner que quelques jours plus tard, elle chanterait la Marseillaise avec ses copains supporters dans un stade ! Tiens, et si je me faisais la hollandaise tant que j’y suis ? Je crie « vive la béchamel » en passant, pas sure qu’elle comprenne (oh ça va je rigole, je ne parle pas, j’économise ma salive évidemment !). Je déboule enfin au camp heureuse, je ne dirais pas que la coureuse s’est réveillée mais franchement voir la tête des copains qui me disent « ben t’es déjà là ? », ça remonte un peu le moral. Surtout que je vais en avoir besoin…

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Elisabeth, même pas fatiguée…

Arriver au camp un peu plus tôt que d’habitude c’est découvrir un camp qui n’est pas encore totalement monté, mais bon sur le moment rien de grave, je m’écroule sur le premier tapis que je trouve et je tente déjà juste de reprendre mon souffle. Mais les minutes passent et je constate que deux tentes restent désespérément en attente de « montage ». Je finis par m’inquiéter et là on m’annonce que l’orga a décidé de réduire le nombre de tentes pour qu’il y en ait 2 qui partent plus tôt le matin pour que les premiers arrivés n’attendent pas. Comment dire ??? Je n’en ai rien à foutre moi des premiers, n’ont qu’à courir moins vite comme moi !!! L’organisation locale va alors comprendre que les expressions « ce que femme veut, dieu veut » et « têtue comme une bretonne » signifient… Gars après gars, je remonte la hiérarchie pour arriver à celui qui a pris la décision. Je lui explique gentiment mais fermement que là franchement « faut pas déconner ». Il veut qu’on s’éparpille et qu’on complète les tentes qui ne sont pas pleines. Oui on peut tenir à 10 par tente je te le concède aisément mon gars mais là… Comment te dire ? Sur le principe je comprends l’idée mais comment te dire… déjà que je n’ai pas eu mon coin mais là en plus ils me piquent mon toit. Alors mon garçon tu es surement charmant mais si tu ne veux pas que je me serve de mon opinel pour autre chose que découper ma bouteille d’eau pour boire mon thé, je suis toi je donne l’ordre de monter la tente fissa. Evidemment, j’obtiens gain de cause (quelqu’un en doutait une seule seconde ?) et l’info repart dans l’autre sens pour arriver enfin aux monteurs de tentes qui sont moyennement emballés à l’idée d’y retourner. Les italiens nous piquent d’autorité la première tente montée… Je reste calme mais je décide donc de repartir à la charge et je m’installe avec Tac qui est venu en renfort devant les monteurs, planqués à l’ombre d’une des tentes, pause clope oblige. Je suis là debout en plein soleil, bouteille d’eau à la main, on n’est jamais trop prudente et je les regarde… Gentiment hein ? Mais je les regarde, un peu comme je regarde mes enfants en attendant qu’ils rangent leur chambre. Ils écrasent leur cigarette et se lancent dans le montage de notre tente. Comme mes enfants, ils ont sans doute espéré un court instant gagner, comme mes enfants, ils ont non seulement monter la tente mais passer le balai dedans (ça c’est pour les copains du G2G qui s’ils lisent ce texte comprendront l’allusion !).

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Mon Tac !

Ma dream team réintègre ses pénates et je suis élue à l’unanimité présidente du syndic ! Du coup, je ne leur laisse plus le choix, je fonce prendre mon coin au fond à gauche, parce que là j’en ai bien besoin. De nouvelles règles sont enfin mises en place suite à mes échanges avec l’orga : on ne change plus l’ordre des tentes, on ne change plus les personnes sous la tente, bref on se la joue comme partout. Ce qui était possible alors qu’ils n’étaient qu’une petite quarantaine de coureurs ne l’est plus maintenant. A partir d’un certain nombre il faut respecter des lois, pas drôle certes mais vraiment nécessaire à la vie en collectivité. Pour la petite histoire, tous les soirs les monteurs, quand je passerai la ligne, me montreront la tente qu’ils transportent en me disant « your home » ! Il est enfin temps de manger, dormir et récupérer. Ah ben non finalement je ne vais pas dormir… le petit cachet miracle qui m’aide à trouver le sommeil n’a pas l’air décidé à fonctionner. Pas grave, j’irai regarder les étoiles la nuit en allant faire pipi.
4ème étape et je reprends la stratégie payante de la veille, à savoir Taylor et la tactique du saumon qui remonte. De toute façon je suis au départ incapable de partir à fond les ballons, je respecte contrainte et forcée l’échauffement. Enfin là ça tient très vite du « surchauffement » cette bonne blague… J’ai enfin jeté mes chaussettes pour ma deuxième paire, toujours aussi mal choisie au demeurant. Je ne sais pas où j’avais la tête quand j’ai fait ma valise mais pas dans mes chaussettes c’est certain ! Elles sont beaucoup plus fines, nettement plus respirables mais elles sont courtes et donc mon talon droit déjà bien abimé a le droit à un traitement façon papier de verre. Je protège comme je peux avec du méfix mais bon ça reste très moyen. En tout cas je remonte comme la veille et même si la douleur est vraiment bien présente, je ne lâche plus rien. L’espagnole ne tente rien, la british un truc pendant 2 minutes et la hollandaise sera out avant même le deuxième CP. Ça ne sert strictement à rien puisque je reste forcément dans le fond du peloton mais ça m’occupe l’esprit. Surtout que j’ai appris un truc qui me tracasse rudement. L’étape marathon partira à 15h pour se finir forcément de nuit avec le départ de la dernière étape à 9h du mat au lieu de 8h à la base, les derniers ayant demandé un peu de pitié. Certes ça me rappelle la trans’aq, une course que j’ai adoré mais franchement si j’avais su qu’on aurait une partie aussi longue de nuit, je serai partie avec une autre frontale. Même si le balisage est correct, il est parfois limite et je me dis que si on a ça la nuit, ben je vais finir comme ça…

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il a la même scoliose que moi ! Enfin il avait…

En attendant je finis l’étape correctement, douche, nouilles chinoises dans ma soupe miso, tri dans mon sac, tentative de sieste, mousse au chocolat pour le moral et le goûter, retentative de sieste, diner, lavage de dents, dodo… ah ben non, pas dodo… pas grave j’ai l’habitude. Cette moitié de jour off est en fait comme souvent plutôt un enfer. Il fait chaud, on cherche la fraicheur comme on peut, ce qui est tout aussi impossible à faire que de trouver un 39 escarpins noirs vernis classiques chez Louboutin les jours de soldes. Et cette histoire de frontale et de lumière me panique de plus en plus. J’ai bien ma frontale petzl mais je n’ai pas pris de piles de rechange. J’ai une frontale quechua en supplément, point barre. Moi je pensais n’avoir à m’en servir que sur le camp ! Lire le guide du coureur… toujours lire le guide du coureur avant de partir sacré nom de nom ! Si je dois accrocher une balise avec ma seconde lampe, c’est mort de chez mort. Personne n’a la même lampe que moi, ce qui signifie que personne n’a les mêmes piles que moi. Ça m’énerve d’autant plus qu’évidemment ils en vendaient à l’aéroport et qu’évidemment j’en ai un stock de malade à la maison. Parier sur le fait que je finirais forcément avec quelqu’un n’est pas possible. Je finis par trouver une solution : j’échange ma quechua contre une autre Petzl avec piles neuves avec Eric, mon copain photographe. Ça devrait le faire ! C’est donc nettement plus sereine que je prends le départ de ce foutu marathon.
Putain de bordel, qui a encore foutu le chauffage à fond !!! Rappelez-moi pourquoi je cours dans le désert ? Là j’ai oublié, je cherche… En tout cas je continue ma tactique non pas du gendarme mais de la traileuse versus saumon. J’avance, je cours dès que je peux, priant le bon dieu pour qu’enfin la nuit tombe. Pourquoi ? Parce qu’il fait en plus un vent à décorner Hillary Clinton ! Rempli d’humour (ou parce qu’il s’ennuie) le gars là-haut s’est dit : « tiens et si je leur foutais le ventilo ? ». Punaise tu ne peux pas plutôt regarder une redif de Navarro ! J’ai horreur du vent… Enfin non je suis bretonne donc le vent avec une coque en bois sous mes pieds, un boot dans les mains et une voile au-dessus de la tête, ça ça me va. Mais là, la mer elle est encore rudement loin. En toute logique, le vent devrait se calmer avec la nuit mais il décide de jouer un peu les prolongations. En attendant, moi j’avance comme je peux sans réfléchir, musique à fond dans les oreilles. Je finis par doubler des coureurs, que je n’avais jamais vu jusqu’alors, qui semblent tous surpris de me voir là. La nuit est tombée et la longue marche continue. Question parcours je suis carrément rassurée parce qu’en fait nous allons rester sur 30 km sur une piste très sablonneuse et la route est toute tracée. Je ne risque pas de me perdre ou alors j’ai un vrai gros problème d’orientation !

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Odile et Gérard son guide à l’attaque de la dune

Après le CP 2 ou juste avant je ne sais plus, je reconnais la silhouette de Soufiane, notre gagnant et soi-disant débutant (il a avoué avoir couru le MDP en 3h50 après 4 sorties et genre « je passais sur les Champs, j’ai vu des gens, j’ai trouvé ça rigolo… je t’en foutrais du débutant tiens !) devant moi. Ah s’il est là, c’est qu’il ne va pas bien. Ce qu’il me confirme alors que je m’arrête à son niveau. J’entends un truc du genre « je veux rentrer à la maison, j’en ai marre, je veux abandonner, mais pourquoi oh monde cruel ». Alors gamin, tu cours peut-être le marathon plus vite que moi mais ce genre de balade je les connais et je sais qu’on vit presque toujours un creux de la vague. Le truc c’est de faire comme les surfeurs, pagayer, pagayer et ne rien lâcher parce que la vague, c’est comme la marée en Atlantique, elle revient toujours. Je lui dis juste un truc du style « tu t’accroches, tu restes avec moi, je t’emmène au CP3 et tu verras ça va revenir et tu vas finir à l’aise Blaise ». Et je continue ma marche forcée. Je ne l’attends pas, je vais juste lui donner le rythme. Il s’accroche tant mieux, il ne s’accroche pas tant pis, moi j’avance. Et le gamin s’accroche… Je ne parle presque jamais, je suis dans ma musique. Je regarde de temps en temps derrière moi s’il est là et il est toujours là. On court dès que ça descend (parce que qui dit désert ne dit pas non plus terrain plat !) et on marche d’un bon rythme dès que ça grimpe. On double même des coureurs, ce qui doit lui remonter le moral parce que ça fait toujours du bien la faiblesse des autres ! Je me retourne à un moment et plus de Soufiane sur mes basques. Ah mince alors… Je continue en espérant qu’il a retrouvé un peu d’énergie et qu’il va s’accrocher. Ah ben non tiens le revoilà ! « pause technique ». Ok ben, on continue alors !
Les premiers nous doublent enfin. Rachid et le coureur ukrainien sont coude à coude, leurs foulées sont juste incroyables d’efficacité et de régularité. Forcément le désert à cette vitesse ça passe vachement plus vite. En attendant notre duo continue sa route vers le CP3. Il est de plus en plus souvent à mes côtés. Comme je le supposais (et j’ai toujours raison évidemment), il a repris du poil de la bête. Nous arrivons au CP 3 juste après Benoit Laval qui vient de nous doubler, Elisabeth aux basques qui le nargue genre « c’est sympa, j’adore la balade, je t’attends au camp, je fais chauffer de l’eau pour ton thé ». Pour nous aussi ça sent l’écurie même si elle va se faire légèrement attendre. Comme prévu, nous repartons accompagner d’Amaury et de Renaud qui en ont marre de la jouer 4×4 coca frais, ils veulent vivre l’expérience désert nocturne avec nous. Véronique une autre coureuse pas très en forme non plus complète le groupe. Nous repartons bien décidés à profiter au maximum de cette belle nuit omanaise. Mais très vite, ça part en cacahuète pour moi… Mon pied droit est en mauvaise état et adopter un rythme qui n’est plus le mien n’est pas bon, je le sais. Je ne vous parle pas du fait qu’évidemment j’ai beau avoir maté la roastbeef plus tôt dans la soirée, ses petits camarades se vengent ont quant à eux débarqués façon perfide albion. On est toujours sur la dune mais plutôt ambiance plage de Normandie, un mois de juin 1944 si vous voyez ce que je veux dire… Je voudrais bien qu’on me laisse mourir en paix sur le bas-côté mais apparemment ils veulent vraiment finir avec moi et je ne me vois pas leur crier « mais foutez-moi la paix j’ai mes règles et j’ai besoin d’une pause tampax ». Je me traîne derrière le groupe, j’en ai marre, « dis maman il est où le camp ? »… « Dis maman la ménopause c’est pour quand ? ». Oui je sais vous avez l’impression que je raconte toujours la même chose ? Ben c’est un peu le principe de ces trucs-là qui reviennent tous les mois, comme mes courses à la noix !

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Sec et nettoyé, ça donnait ça…

La lueur est là dans le fond, je m’accroche, je sers les dents, mon pied est dévasté je le sais, je le sens mais bon de toute façon foutu pour foutu… Enfin je passe la ligne d’arrivée. Pour une fois le camp est à deux pas et miracle Tic et Tac ont privatisé la première tente sur la droite. Je récupère mon duvet au milieu du camp, j’attrape ma serviette et mon savon en priant Dieu et tous ses saints pour qu’il y ait de l’eau. Et je suis entendue ! Je me lave, j’enfile ma désormais mondialement connue robe de camp de nuit et je file me mettre dans mon duvet. J’ai froid, je tremble, mon pied attendra demain, je veux juste dormir. Mais évidemment ça ne va pas se passer comme prévu. Un de nos coureurs omanais fait un boucan d’enfer. Au départ je râle leur demandant de se taire un peu mais je vais finir par comprendre que l’un d’entre eux souffre suffisamment pour que le doc débarque sous la tente. Sincèrement je voudrais bien vous dire ce qu’il avait mais je n’ai pas trop compris. En tout cas ça fait mal, aucun doute là-dessus. Et histoire de finir la soirée en beauté, on entend un des italiens hurler sur le camp et réclamer un docteur, il vient de se faire piquer par un scorpion. Eh ben sympa la soirée ! Vous savez quoi ? Je finis par m’endormir quand même. Si un scorpion s’amène je le fais griller façon chips mexicaines et je le déguste en buvant un mojito.
Le matin se lève tranquillement sur le camp, j’avale mon diner que je n’ai pas eu le courage de me faire la veille au soir en arrivant. Et je complète par une mousse au chocolat façon explosion calorique. Quoi ? J’ai tous les droits, je suis dans le désert sacrebleu ! C’est aussi opération « j’allège mon sac » histoire de vraiment finir le travail. Je regarde mon pied… Je me dis que c’était une connerie de regarder mon pied… Je protège la bestiole comme je peux, je glisse le tout dans la chaussure et je me dis que si la douleur est une information, il est temps que j’arrête de regarder LCI en boucle, c’est mauvais pour le moral ! 20km et c’est la fin… 20km et c’est la mer… Ok, je devrais pouvoir le faire non ? Enfin de toute façon la question ne se pose pas vraiment en ces termes, je vais le faire, point barre à la ligne. C’est parti pour la dernière balade et tiens j’ai un invité. Soufiane s’incruste et ne semble pas décider à me laisser en paix. Ah ben viens mon gars si ça t’amuse ! Franchement je voudrais bien vous dire qu’on a couru un peu mais là tout de suite maintenant j’ai comme un doute… A un moment, j’ai tellement mal que je finis par enlever carrément mes chaussettes pour gagner en place dans mes pompes c’est dire. D’ailleurs je ne pense vraiment qu’à un seul truc pendant ces 20km : « t’as une paire de tongs dans ton sac, qu’est-ce que tu fous, mets-les, tu es ridicule ! ». Vous dire à quel point j’ai été heureuse de voir la mer est impossible je crois.
Je ne vais pas vous dire qu’à un moment j’ai envisagé de ne pas finir cette course, ce serait mentir. C’est juste que je ne m’attendais pas à souffrir et à en baver autant. Evitez-moi les poncifs du genre « ben si tu t’entrainais un peu ça irait mieux » ou « ben si tu préparais ton sac correctement, tu ne finirais pas le pied en sang », je le sais, je suis une grande fille. C’est juste que là on m’avait vendu un truc et je ne l’ai pas eu… Un peu comme si vous alliez à Berlin courir le marathon et que paf surprise finalement l’orga a changé le parcours et on vous emmène courir celui du Mont Blanc… Ah vous feriez moins le malin hein ? Ben là c’est pareil ! Ok le coup du changement c’est maintenant, c’est rigolo mais la prochaine fois je me méfie ! Je suis là, j’ai ma médaille, mon sac est posé sous la tente vue océan et je suis assise dans la mer à regarder les bernard l’hermite (je suis très « père noël est une ordure » dans ce CR, ça doit être l’approche des fêtes qui fait ça) qui trainent leur coquille sur le dos, bien décidés à rejoindre les fonds marins. Nous verrons même des dauphins au large. Je suis bien, tellement bien, que je vais faire une nuit de 11h sans bouger une oreille dans mon duvet doublé d’une polaire aux couleurs improbables. Oman c’est fini mais je reviendrai c’est promis ! Surtout que j’ai découvert ça en rentrant à l’aéroport…

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Cécile
Epilogue : alors que je prenais ma douche le 4ème jour, j’avais accroché ma robe à l’envers le temps de me rincer. Et là stupeur et tremblement, je découvre totalement consternée, affolée, désespérée qu’elle a toujours son étiquette, le genre étiquette tu peux y foutre l’encyclopédie Diderot et d’Alembert, volumes de planches incluses… Depuis 2012 je balade cette foutue étiquette… Amatrice un jour, amatrice toujours va !