Récit : Oman, le désert et au bout la mer…

Episode 1 
Difficile de commencer ce récit, difficile de mettre ou de trouver les mots pour exprimer tout ce que je ressens après avoir passé une semaine incroyable comme souvent dans le désert et qui s’est soldé par un retour à la réalité tellement violent que sans mes enfants qui m’attendaient, je me demande vraiment si je serai montée dans cet avion qui me ramène vers un monde que je ne comprends pas, que je ne comprends plus. C’est d’autant plus dur que je viens de passer une semaine entourée de personnes venant comme souvent du monde entier. Je ne vais pas vous dire que c’était le pays des Bisounours (vous comprendrez plus tard en lisant ce texte pourquoi je dis ça !) mais ce qui est étonnant quand on y pense, c’est que jamais je n’ai vu ou entendu des altercations à cause des religions. Pendant 8 jours, certains priaient Dieu, d’autres priaient pour que le parcours soit plus court, mais tous ou presque rêvent d’un bon steak et de patates dès la ligne passée. Faut-il avoir des ampoules aux pieds pour avoir enfin l’esprit éclairé ? On est en droit de se demander. Mais revenons-en au Oman Désert Marathon, à cette course où rien mais alors rien ne s’est passé comme prévu !
Genèse de l’histoire : comme toujours avec moi, il y a déjà une histoire avant l’histoire. Cette course je l’ai repéré dès la première édition pour un truc tout bête, le prix… Alors que l’on constate une flambée des tarifs un peu partout dans le monde pour ce genre de courses à « la con » dixit mon colloc de blog, celle-là annonce un tel tarif que je cherche l’arnaque. Heureusement des français sont plus courageux que moi et se lancent dans l’aventure. Les retours sont plutôt bons, alors forcément je m’y intéresse de plus en plus, surtout lorsque j’apprends que Raidlight devient le partenaire officiel de la petite balade. Benoit Laval The big boss y a même emmené ses enfants l’année dernière, ce qui rend les choses d’autant plus rassurantes. Il me parle d’un parcours super facile, genre balade pour retraités de l’ultra sablonneux, limite presque frustrant parce que c’est trop easy, bref il me vend une course nickel pour finir mon année tranquillou avant de sauter dans mes charentaises pour ma coupure hivernale et commencer mon autre ultra favori : le gavage de l’oie à coup de chocolats et autres bûches crème au beurre… (note pour plus tard : ne jamais écouté un mec qui a été assez dingue pour postuler à la Barkley)
Voilà comment je me retrouve à Roissy, totalement déphasée avec ma petite valise (enfin petite, on se comprend !) et mon jet lag. Pour ceux qui n’auraient pas tout suivi, j’étais à NY pour le marathon, enfin surtout pour voir ma fille et je n’ai en gros passé que 24h en France, chez moi, pour gérer les lessives et la nouvelle valise. J’ai mis mon ado à contribution pour un atelier « et si on déconditionnait la bouffe de maman » qui l’a littéralement désespéré sur l’état mental de sa mère : « nan mais sans dec tu ne vas quand même pas bouffer ça pendant 6 jours ? ». J’ai coupé les étiquettes de mes chaussures avant de partir (notez le progrès !), jeter 2 paires de chaussettes neuves (notez l’info pour plus tard…), appeler en cata Amaury chez Raidlight pour lui demander d’attraper une paire de guêtres dans le stock ayant achevé les miennes sur un pierrier de m… fin août à Chamonix… Bref vous l’aurez compris, c’est de la grande organisation à la Cécile ! Pas une prise où tu ne trouves pas un GPS, une frontale qui chargent… Je ne rêve pas, je sais que je vais forcément oublier des trucs mais on verra sur place.

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Prêt pour la cérémonie d’ouverture de la course !

Train à l’aube et avant de foncer à Roissy, je fonce dans le 6ème au Tigre Yoga pour le challenge Endomondo Fit It. J’avais promis d’être là si mes horaires d’avion le permettaient, c’est parfait pour le réveil musculaire. Bon évidemment je ne gagne pas mais je l’ai fait exprès parce que de toute façon la coupe ne rentrait pas dans mon sac de voyage ! 2 RER plus tard je suis dans le Roissy Val et tout de suite je remarque le mec tout sérieux avec son sac RL tout propre sur le dos, genre rentrée des classes… Limite s’il n’a pas ciré ses baskets ! Un « dis tu n’irais pas à Oman toi par hasard ? » plus tard, je fais connaissance de Soufiane l’heureux gagnant du concours organisé par RL. Enfin gagnant… Même pas puisqu’à la base, c’est sa sœur qui a gagné et qui lui a refilé le cadeau. Heureusement, ma sœur à moi elle m’offre des fringues et des sacs à main ! J’apprends rapidement que c’est sa première course du genre puisqu’il est en fait footeux (et fan du PSG… ça va limiter la conversation dans l’avion !) et que son expérience du trail se résume à des footings dans le bois de Vincennes, haute terre du trail français s’il en est. Ah mais nous voilà devant un spécimen intéressant qu’il faudra étudier ! On récupère Amaury et mes guêtres, un passage au Starbucks (hyper important le macchiato avant de prendre l’avion, c’est une tradition) et zou c’est parti pour l’embarquement. Nous ont rejoint Eric et Renaud, photographe et journaliste qui la joueront 4×4 et pepsi frais (le coca connaissent pas) pendant que nous irons courir les pieds pleins de sable et le visage plein de sel…
Petit aparté sur le vol avec Qatar Airlines qui se révèle super top comme compagnie, franchement c’est une super bonne surprise moi qui ne connaissais pas. C’est vrai qu’un A380 c’est toujours confortable mais là je trouve que même les plateaux repas sont pas mal du tout. J’en profite pour peaufiner ma culture cinématographique avec des films à la hauteur de mon entrainement, pas trop violents non plus… Ok j’avoue je me suis bien marrée devant « Bis » ! C’est vrai que je ne risquais pas une tendinite du cerveau ni un surentrainement des neurones mais ça fait du bien aussi de ne penser à rien justement. Changement à Doha et miracle des miracles, ma valise est bien là au rendez-vous à Muscat, tout comme l’orga d’ailleurs. Nous devons attendre un peu avant de rejoindre le bus pour permettre à tous les coureurs d’arriver du monde entier. A noter si vous décidez d’y aller l’année prochaine, ne vous fiez pas à la zone d’arrivée de cet aéroport, la zone de départ est vachement mieux !
Direction l’Oryx Camp qui sera notre base arrière pour la course. Voyage en bus, puis en 4×4, franchement ça roule sans mauvais jeu de mots (même un peu trop vite à mon goût) ! Je partage mon bungalow avec Aziza, coureuse marocaine que je ne verrais évidemment jamais pendant la course vu son niveau… Elle finit sur le podium après avoir gagné l’édition précédente. Elle est là comme beaucoup pour préparer le MDS de 2016. Il est grand temps de préparer ce foutu sac qui va me suivre 6 jours. J’ai pris mon sac RL filles qui est nettement plus petit que les autres avec le ventral. Nous n’avons pas besoin du duvet, puisque l’orga nous le fourni (à noter dans les points positifs de la course d’ailleurs), donc ça fait de la place pour le reste. Matos obligatoire plutôt classique, rien de nouveau sous le soleil même si je note quelques incohérences : pourquoi nous demander une boussole puisque nous n’avons pas de road book avec des caps ? Bon ce n’est pas le poids que fait la mienne je suis bien d’accord mais c’est juste un peu idiot. Officiellement l’orga fournit de l’eau chaude donc pas de réchaud à trimballer, juste ma gamelle. Au contrôle technique qui tient plutôt de la simple remise de dossard (à noter dans les points négatifs et j’y reviendrai plus tard) je peux peser la bête. Avec 6kg7, il est encore un peu lourd puisqu’il n’y a pas de duvet. Bon à part retirer mon collant long pour la nuit, en pariant sur le fait qu’il ne fera pas froid (j’ai gagné !), je ne peux pas non plus retirer trop de trucs. Il faudra bien faire avec, quand on ne se prépare pas correctement, il faut assumer !
Sieste, diner, je fais connaissance d’autres coureurs français qui feront partie intégrante de ma semaine : Simon et Olivier, immédiatement baptisés Tic et Tac, qui sont bien décidés à faire toute la course tous les deux en mode « je découvre la course dans le sable pour préparer le MDS avec ma go pro, ma perche et mon short de surfeur », Odile non voyante et Gérard son guide qui forcément par la force des choses vont eux aussi toujours par deux. Avec Soufiane et moi, nous avons sans le savoir la base de notre future tente. Question orga, j’apprécie rudement que nous soyons à l’hôtel jusqu’au dernier moment. Nuit reposante dans un vrai lit, dernière douche, petit déjeuner roboratif avant de partir au village le plus proche. En fait nous allons courir la première étape avec des enfants des écoles, sachant qu’évidemment puisque nous partons pour un peu plus de 20 bornes, ils ne feront que de petites distances de leur côté. L’accueil est en tout cas incroyable. Les femmes, les enfants viennent vers nous et même si la barrière de la langue rend les choses un peu compliquées, leur enthousiasme et leur gentillesse sont vraiment agréables à vivre.
En discutant avec ceux qui étaient là l’année dernière, on m’annonce un parcours super roulant, genre mise en jambe à la cool pour traileurs fatigués par leur année de courses et autres entrainements. Et cela me va très bien ! J’ai quand même un marathon dans les pattes, des heures d’avion, un manque d’heure de sommeil énorme à rattraper, franchement, si les difficultés pouvaient arriver plus tard, ça m’irait hyper bien.

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Protéines… et ça a goût de poulet quand c’est grillé !

Mais voilà, rien ne va se passer comme prévu… Je vous passe la chaleur, je suis à Oman, pas en Bretagne… Très vite il faut se rendre à l’évidence, le sable va être partout, mais alors vraiment partout… Souci, moi je suis partie avec en tête un terrain à la MDS. C’est tellement peu sablonneux finalement que je me suis toujours passée de guêtres de sable, c’est dire. Mais là, il faut très vite se rendre à l’évidence, mon amateurisme va me couter cher. Sans parler du fait qu’évidemment entre mon manque d’entrainement, mon marathon quelques jours avant et la chaleur, je suis comme qui dirait clouée au sol. Je ne suis déjà pas très rapide par nature mais là franchement je me demande si je ne fais pas du surplace…
Heureusement, je finis par retrouver la terre ferme à savoir un chemin qui sera ensuite suivi par une route qui rejoint le village. S’arrête alors à mon niveau un 4×4 avec à son bord un couple. La femme est vêtue d’une tenue que j’ai déjà vue en photo. Ce n’est pas un voile intégral au sens où on l’entend, il y a un losange noir qui lui recouvre le visage genre masque tribal et l’on aperçoit nettement les tatouages faits au henné. Je devine surtout une femme âgée, une femme qui a dû connaître la vie de nomade à travers le désert. Elle est déchaînée, m’encourage avec des mots que je ne comprends pas mais ça m’éclate de voir le décalage qu’il y a entre nous deux. Elle me propose de l’eau, elle applaudit. Du coup je me redresse un peu, histoire d’avoir l’air d’une coureuse et je fonce à la vitesse de la lumière vers la ligne d’arrivée. A mon avis je dois au moins être à 9 à l’heure ! C’est dire la force du vent dans mes couettes…

 

Je rentre dans le village, je sais que je suis forcément dans les dernières mais franchement je n’en ai strictement rien à faire à ce moment précis de l’histoire, je veux juste finir. J’aperçois enfin la ligne d’arrivée et un groupe de petites filles vient à ma rencontre. Elles sont l’air décidé de finir avec moi, alors j’attrape leurs mains et c’est en trottinant toutes les 4 que je passe enfin cette foutue ligne. Je partais pour 2h, j’en ai mis presque 4 !
Je m’écroule une fraction de seconde sur les tapis prévus à cet effet et très vite je dois me ressaisir, le 4×4 qui m’emmène au camp est déjà là. Je file sans demander mon reste avec 3 autres coureurs qui ont l’air aussi sonné que moi par ce premier jour. Si c’est ça et ça va forcément être ça pendant les 5 prochains jours, ben la balade pour retraités du trail sablonneux va vite tenir de la retraite de Russie, c’est moi qui vous le dis. Arrivée au camp et certains de mes petits camarades sont déjà là, ils sont installés sous ce qui va être notre tente pour la semaine. Je découvre donc l’organisation du camp, plutôt bien faite au demeurant et surtout je découvre pour mon plus grand bonheur qu’il y a des douches et des toilettes. En fait, il y a des douches dans les toilettes mais ça va me permettre de me laver correctement chaque jour et ça, ça vaut son pesant de cacahuètes grillées à sec c’est moi qui vous le dit ! Par contre j’ai un souci, c’est peut-être un détail pour vous mais pour moi ça veut dire beaucoup comme dirait l’autre, à arriver dans les dernières je n’ai pas ma place favorite dans la tente, à savoir un coin dans le fond… Oui je sais ça fait vieille fille mais c’est comme ça. Je me fais vraiment violence à un point que peu de personnes, si ce n’est mon entourage proche, peuvent le comprendre. Je suis vraiment, mais alors vraiment pas pour rire, anti sociale et partager mon espace vital avec 2 êtres vivants qui m’entourent, comment dire… Tiens j’y pense, ça c’est du potin croustillant, le plan à 3 pour moi, inutile de me le proposer, ça le fait pas !

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Quoi ? J’ai dit que je marchais… ben voilà je marche !

Enfin bref tout ça pour dire que je n’ai pas osé le premier soir raconter mes phobies à tout le monde, histoire de ne pas passer pour une folle furieuse, mais je vous rassure tout de suite, comme je le dis souvent, dans le désert au bout d’un certain temps, on ne peut plus tricher et très vite dans la semaine, j’ai fait ma capricieuse de service pour réintégrer pour mon plus grand bonheur mon coin au fond à gauche parce qu’une nuit, pourquoi pas, une deuxième faut voir mais franchement une troisième ce n’est pas possible. La vie comme toujours s’installe sous la tente. J’essaye d’expliquer la base aux garçons : eux bois, feu… moi, ben moi pour l’instant rien du tout mais je vous rassure tout de suite, je vais vite tenir un rôle prépondérant sous la tente dans les jours qui vont suivre.
Etape 2 et le bordel continue… Je suis littéralement clouée au sol, je n’avance pas mais alors pas du tout. Ce sont des sables mouvants ou quoi cette histoire ? C’est parce que je suis bretonne qu’ils ont déplacé le concept de sable mouvant du Mont Saint Michel ? (le premier qui dit que le Mont est en Normandie, je l’achève à coups de bâtons de trail…). Le terrain est trop sablonneux pour moi, je peste, j’en ai marre, je me maudis… Ces foutues kakémono Raidlight qui nous narguent en haut de la dune, je te jure, je chope Laval, je lui fais bouffer toile et structure métallique incluse ! L’enfer de la Barkley à côté d’une blonde énervée, c’est juste de la roupie de sansonnet. Il a de la chance de courir vite tiens… et que je sois trop épuisée pour faire quoique ce soit en arrivant au camp. Ce qui me rassure, parce qu’on est très méchant dans ce genre de situation, c’est que ça n’a pas l’air mieux autour de moi. Et puis quitte à compléter le tableau déjà plutôt moyen, je me suis totalement plantée dans mon choix de chaussettes. Mes chaussures, ça va puisque je suis avec mes brooks que j’adore mais j’ai pris une paire de trail Thyo qui sont surement très bien en terrain normal mais qui se révèlent absolument pas adaptées au sable. Elles gardent précieusement tous les grains, sont ultra chaudes, humides et j’en passe. Bref, tout ça pour dire que je sens poindre à l’horizon une ampoule d’un fort beau gabarit sur le talon droit. Je l’ai bien cherché merci, pas la peine d’en rajouter.
Deuxième camp, je ne pense qu’à une chose : prendre une douche ! Ah et surtout je ne pense surtout pas à regarder mon chrono parce que là c’est le désespoir assuré. Etre dernière ne me gêne pas, si je ne subis pas la course. Je suis blonde mais je sais que lorsque la gagnante de l’édition 2014 de la course est là tout comme la gagnante du MDS 2015, tu as assez peu de chance d’atteindre le podium… Seuls points positifs : l’ambiance est excellente sous la tente avec ma petite bande de joyeux drilles qui a été rejointe par 2 coureurs omanais adorables et plutôt discrets dont l’un est très concerné par la qualité de mon sommeil (private joke, vous ne pouvez pas comprendre !), ce qui n’est pas le cas de nos chers amis italiens qui ont apparemment totalement oublié ce que les notions de « savoir vivre » et « bien vivre ensemble » veulent dire. En parlant des coureurs omanais, j’ai quand même un truc à signaler et je peux me permettre de le dire ici puisque je l’ai évoqué là-bas directement à l’organisateur. Aucun n’a le matériel obligatoire, ni même leur nourriture dans leur sac… Pour une course en autonomie alimentaire ça la fout mal quand même ce « deux poids deux mesures ». Je peux comprendre qu’ils soient débutants dans le domaine mais là c’est quand même sacrément problématique vis-à-vis des autres coureurs qui eux se trimballent au minimum 7kg sur le dos. Je voudrais bien vous dire que cela a influencé le podium mais il n’en est rien. Que ce soit chez les hommes ou chez les femmes, les gagnants avaient bien un sac conforme au règlement mais il est clair qu’il va falloir qu’ils revoient tout ça l’année prochaine s’ils veulent que leur course soit crédible.

Suite de la balade ici !

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